''Amour m'a dit d'entrer''

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C
Merci beaucoup, Jean, de préciser que Georges Herbert est saint dans l'église anglicane.<br /> Et merci pour ce que tu dis sur cette fécondité à travers les siècles, sautant parfois des générations, et jaillissant soudainement comme la résurgence d'une eau vive souterraine, longtemps cachée...
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M
Merci Jean de souligner que Georges Herbert est saint, et pour ce que tu dis sur « l’impérative fermeté des paroles de l’Amour » et l’« exhortation à laisser le Maître faire ».
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J
Merci, Jean, pour l’expression de ton émerveillement et de ta gratitude pour la « communion des saints » qui m’a touchée. Merci beaucoup pour l’exhortation que tu transmets !<br /> Merci, Jean et Joseph, pour avoir relevé l’importance de saint Georges Herbert. Jean : en faisant savoir qu’il est saint, et Joseph pour ton commentaire : « Je rends surtout profondément grâce pour les authentiques poètes, comme George Herbert, qui ouvrent la porte pour les autres, pour laisser passer le Seigneur, et qui permettent cette « prise » du cœur. Je trouve très émouvant de penser ainsi à la force de l’écriture inspirée, unie à la Parole de Dieu, qui, plus de trois cent ans plus tard, a encore été performative, ouvrant une brèche. J’admire cette extraordinaire fécondité de la poésie cachée… ».
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F
Merci, Jean et Joseph, pour ce que vous soulignez sur la fécondité que peut avoir un écrit inspiré « dans le temps très long » : oui, quelle espérance, et quelle source d’émerveillement et de joie que la réalité de la « communion des saints » ! Et merci Jean pour ce que tu écris sur « l’impérative fermeté des paroles de l’Amour » !
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J
Merci Jean pour ton commentaire, spécialement pour tes mots sur la communion des saints et sur « l’impérative fermeté des paroles de l’Amour » ; mais aussi de communiquer l’ « espérance pour les interprètes qui, touchés par la beauté, n’ont pas encore véritablement rencontré sa Source ».
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L
Merci Jean pour ton commentaire, en particulier ce que tu dis sur la communion des saints, et sur « l’espérance pour les interprètes qui, touchés par la beauté, n’ont pas encore véritablement rencontré sa Source ».<br /> Merci Joseph pour ce que tu soulignes : le fait que « le péché soit résumé ici par l’ingratitude ».
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J
Merci, ce que je trouve profondément touchant (et vecteur d’une profonde espérance), c’est la fécondité que peut avoir un texte inspiré dans le temps très long – et il y a tant d’exemples ; c’est un fait qui montre la réalité de la vraie mystique et de ce que l’on appelle dans le catholicisme, la « communion des saints », grâce dont je ne saurais dire à quel point elle m’émerveille et me porte moi-même. <br /> Le témoignage de S. Weil à ce sujet est très beau : « Je me suis exercée à le réciter en y appliquant toute mon attention et en adhérant de toute mon âme à la tendresse qu’il enferme. Je croyais le réciter seulement comme un beau poème, mais à mon insu, cette récitation avait la vertu d’une prière. C’est au cours d’une de ces récitations que le Christ lui-même est descendu et m’a prise. » Mystère des stratégies de Dieu… et cela suscite, là encore, beaucoup d’espérance pour les interprètes qui, touchés par la beauté, n’ont pas encore véritablement rencontré sa Source ; peut-être est-ce le cas de l’un ou l’autre des chanteurs et musiciens de cette version de l’« Actus tragicus »…<br /> Quant à l’admirable poème de saint Georges Herbert, tissé de la Révélation néo-testamentaire, il est véritablement bouleversant. Ce qui me frappe ici, unie à la délicatesse (« doucement s’enquit<br /> si quelque chose me manquait »), c'est l’impérative fermeté des paroles de l’Amour, Nom que le Dieu des chrétiens s’est donné à Lui-même : « me dit » ; « ce sera » ; « assieds-toi » ; « goûte ». Les deux questions posées (« Qui donc fit les yeux, sinon moi ? » ; « Ne sais-tu pas qui a porté la faute ? ») ne sont qu’oratoires…<br /> C’est une exhortation à laisser le Maître faire ; à lâcher prise ; à ouvrir la porte, comme l’évoque la phrase confondante d’Apocalypse 3,20 ; à le supplier en disant, oui : « Viens ! » ; ou encore, dans la lumière du souper d’Emmaüs qui m’est si chère : « Reste avec nous, Seigneur ».
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J
Merci pour ce partage très intéressant et touchant qui évoque une part du cheminement intérieur de Simone Weil. J’ai trouvé particulièrement significatif que, comme tu l’écris, « Simone comprit enfin que le christianisme était le seul chemin qui pouvait la rapprocher des petits et des pauvres ». Je trouve belle la cohérence de cette âme éprise de Vérité, qui a su sortir du confort de l’agnosticisme et reconnaître, au moins en partie, la source de la Justice. <br /> Je rends surtout profondément grâce pour les authentiques poètes, comme George Herbert, qui ouvrent la porte pour les autres, pour laisser passer le Seigneur, et qui permettent cette « prise » du cœur. Je trouve très émouvant de penser ainsi à la force de l’écriture inspirée, unie à la Parole de Dieu, qui, plus de trois cent ans plus tard, a encore été performative, ouvrant une brèche. J’admire cette extraordinaire fécondité de la poésie cachée…<br /> Pour le poème en lui-même, j’ai été touché par le fait de nommer le Seigneur « Amour » : « Amour m’a dit d’entrer… », selon la révélation si bouleversante de la Bible, auquel je ne veux pas m’habituer : « Dieu est amour » (1ère lettre de saint Jean, chapitre 4, verset 16).<br /> J’ai trouvé très fort que le péché soit résumé ici par l’ingratitude : « Moi, le sans-cœur, le très ingrat ».<br /> Ensuite, j’ai été touché par l’expression de la délicatesse incompréhensible de Dieu envers l’âme : <br /> « Se rapprocha de moi et doucement s’enquit<br /> Si quelque chose me manquait ». <br /> Mais ce que j’ai trouvé le plus profond et le plus juste sont les derniers vers, où l’âme cherche encore à mériter l’amour de Dieu, à Lui « rendre » en retour : « Lors, mon aimé, je veux servir. », avec cette conclusion qui renverse encore la vision humaine, par la gratuité absolue de l’amour du Seigneur :<br /> « Assieds-toi, dit Amour, goûte ma nourriture.<br /> Ainsi, j’ai pris place et mangé. »<br /> Ce thème, ou plutôt cette réalité du repas qui est si importante dans l’Évangile, j’ai aimé le retrouver ici comme le secret de la relation à Jésus : se laisser nourrir par Lui, dans le grand mystère qu’est l’Eucharistie.<br /> Merci, en ce sens, pour le rappel de la si belle parole du Livre de l’Apocalypse, qui alimente le désir de la Venue du Seigneur, dans ce temps en suspens qui nous est accordé sur terre, comme ce temps en suspens poignant de la fin du passage de l’ « Actus tragicus » de Bach (qui demanderait à être commenté à part !), à 11’50 que j’ai trouvé saisissant. Bien que je n’aime pas trop la sonorité allemande de ce mot si important, j’ai été frappé par la répétition du « oui », dans le désir ardent : « Oui, viens Seigneur Jésus ! », car je n’avais jamais fait vraiment attention à l’importance de ce petit mot dans la supplique, qui m’exhorte à l’enthousiasme vrai et à l’engagement volontaire.
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M
Merci Christine d’abord de partager avec nous ces quelques éléments de la vie de Simone Weil avec sa recherche de justice et son engagement, même si ce n’était pas encore le bon combat, pour ceux qu’elle voyait souffrir autour d’elle. Ensuite ce que je trouve très beau c’est la manière dont Dieu s’est révélé à elle, dans l’intimité d’une récitation personnelle de ce poème de George Herbert. Je note d’ailleurs l’importance de cette œuvre poétique pour elle qui a été le canal de la grâce. Merci pour la découverte de ce poème très beau dans l’expression de la relation personnelle de Dieu avec l’âme et de son Amour bouleversant pour elle. Je trouve tellement confondante la délicatesse de Dieu, de l’ « Amour » : « Se rapprocha de moi et doucement s’enquit / Si quelque chose me manquait. » ou encore : « Amour, en souriant, prit ma main et me dit : ». « Amour » ne nie pas le mal qui a été fait, ne contredit pas l’âme qui s’accuse, mais montre sa Miséricorde. Ce qui me frappe également c’est que bien que l’âme se sente et se sache ingrate, indigne, honteuse, poussière et péché, elle avance tout de même et passe le seuil et elle ne refuse pas le dialogue avec l’ « Amour » et c’est bien ce fait qui lui permet d’entendre et de recevoir la Miséricorde : « Ne sais-tu pas, dit Amour, qui a porté la faute ? » « Assieds-toi, dit Amour, goûte ma nourriture. ».<br /> Merci pour le lien que tu fais avec l’évangile selon saint Matthieu, avec cette si belle Parole de l’évangile selon saint Luc et celle de l’Apocalypse. <br /> Merci aussi pour l’extrait de l’œuvre de Bach, c’est le dernier appel de la soprane que j’ai trouvé le plus touchant.
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L
Merci Christine pour ce si beau partage d’espérance !<br /> Je trouve très émouvant ce thème du seuil, de la porte entrouverte, illustré déjà par la photographie que tu as choisie. La lumière est si vive, si attirante, que l’on ne prête même aucune attention à l’état de la maison, dont le volet est clos et les murs déjà bien attaqués par l’humidité… Quelle belle image de la victoire de la Lumière sur les ténèbres.<br /> Merci pour le témoignage de Simone Weil que tu rapportes. Je trouve beau et profond son engagement, jusqu’à se mettre en danger, que ce soit à l’usine ou à la guerre. Son histoire nous montre aussi que le Christ ne laisse pas seules les personnes de bonne volonté qui cherchent à faire le bien, même si c’est, au départ, en s’égarant. (Cela me rappelle le début de l’histoire de saint Paul qui, sur un mauvais chemin lui aussi s’était engagé avec énergie, croyant faire ce qui était juste. Et le Christ s’est révélé à lui. Cf. dans la Bible, le chapitre 9 des Actes des Apôtres)<br /> Dans le poème de George Herbert, je trouve particulièrement belles la première, la dernière phrase et celle du milieu. <br /> Avant même la crainte, précède l’écoute : « Amour m’a dit d’entrer ». Ces attitudes sont mêlées, l’écoute, la crainte, la conscience de sa laideur : « Pleine de poussière et péché », et je trouve cela beau.<br /> Le vers du milieu (« Moi, le sans-cœur, le très ingrat ? Oh, mon aimé, / Je ne puis pas te regarder. ») me touche aussi, en particulier à cause du regard vrai que l’âme pose sur elle-même et qui l’empêche de regarder l’Hôte avec assurance, grandiloquence, ou autre…<br /> Je trouve beau encore ce mouvement d’humilité : « j’ai souillé les miens » ; et ce désir : « je veux servir. ». Et enfin donc, le dernier vers plein d’espérance et de mystère : « Ainsi, j’ai pris place et mangé. »<br /> Merci pour le cri de la soprane de l’« Actus tragicus » de Bach qui est si poignant et que j’aimerai pouvoir faire mien ce soir…
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F
Merci pour la découverte de ce poème par lequel Simone Weil ouvrit son âme à Dieu. J'ai d'abord aimé: "Amour [...] se rapprocha de moi et doucement s'enquit / Si quelque chose me manquait". Quelle délicatesse divine est évoquée ici ! Première approche d'un apprivoisement qui prend du temps, et l'on voit la marque Dieu qui sait venir sans effrayer. Je note que c'est "en me voyant faiblir" qu'Amour s'approche : sans faiblesse, pas d'approche... Deuxième étape qui fait accueillir les paroles amoureuses : le sourire, la main qui prend celle du pécheur. Cela m'évoque plusieurs passages d’Évangile où Jésus touche les malades, se fait proche très concrètement.<br /> Je trouve particulièrement forts ces deux vers :<br /> "Oui, mais j’ai souillé les miens, Seigneur. Que ma honte<br /> S’en aille où elle a mérité<br /> Ne sais-tu pas, dit Amour, qui a porté la faute ?"<br /> Cela se passe de commentaire... <br /> Progression, que tu soulignes en ses trois étapes, qui n'est pas possible, de toute évidence, sans la crainte de l'âme pécheresse : certes, l'Amour l'attire à Lui, c'est son but de réduire la distance, mais on comprend bien que ce qui L'attire en elle, c'est justement qu'elle ne se sente pas digne tout en désirant au fond d'elle être accueillie. Une âme sûre d'elle, considérant l'entrée chez l'Amour comme un dû, n'aurait certainement pas été reçue de la même manière... Sans doute n'aurait-elle même pas eu le désir d'entrer, d'ailleurs. C'est pourquoi je reviens à ce que j'ai déjà relevé, et qui me semble si important dans ce poème, et dans la réalité de la rencontre avec Dieu : "en me voyant faiblir".<br /> Merci pour l'extrait de l'"Actus tragicus" de Bach, admirable ! J'aime le contraste entre la soprane ("Oui, viens, Seigneur Jésus !") et les autres pupitres qui annoncent que l'Enfant Jésus que voilà, est venu pour mourir : pouvait-il rejoindre l'humanité aussi loin, aussi profondément, que dans sa mort, pour y faire jaillir la vie ?...
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J
Merci, Christine. Je trouve remarquable le chemin de Simone Weil vers la Lumière : passer de l’agnostique et du rejet, à la quête très sincère de la Vérité jusqu’à vivre une « douloureuse recherche de la Vérité ». Elle a fini par la rencontrer ! La pédagogie de Dieu dans sa manière d’interpeler émerveille, selon ce que rapportes : « Elle fut saisie par la violence d’un monde écrasant les faibles […] Simone comprit enfin que le christianisme était le seul chemin qui pouvait la rapprocher des petits et des pauvres. » Ça donne de la crainte de lire l’extrait de sa rencontre avec Dieu. <br /> Merci de partager avec nous ce très beau poème. Je suis touchée de le lire en sachant que Dieu s’en est servi pour « prendre » cette âme. Merci pour ton commentaire : « C’est donc la beauté d’un poème qui aura été la porte d’entrée vers la Lumière pour Simone Weil, témoignant ainsi de l’inspiration divine, source de tout chef-d’œuvre artistique. » Je suis touchée par la crainte et la conscience qu’à Simone Weil de sa misère : « Amour m’a dit d’entrer, mon âme a reculé, Pleine de poussière et péché. », « Oui, mais j’ai souillé les miens, Seigneur. Que ma honte S’en aille où elle a mérité. ». Quelles sont belles la délicatesse et la vérité de Dieu qui dépassent infiniment la vision humaine : « Se rapprocha de moi et doucement s’enquit Si quelque chose me manquait. Un hôte, répondis-je, digne d’être ici. Or, dit Amour, ce sera toi. ». C’est tellement beau de lire, et encore plus la réalité, que l’âme finit par se laisser vaincre par l’Amour. Résister reviendrait à mépriser le prix payé : « Ne sais-tu pas, dit Amour, qui a porté la faute ? Lors, mon aimé, je veux servir. Assieds-toi, dit Amour, goûte ma nourriture. Ainsi, j’ai pris place et mangé. »<br /> Merci pour l’extrait de la Cantate de Bach dont j’ai aimé la voix claire de cette femme et lorsqu'elle monte dans les hauteurs pour chanter la demande de 9, 46’ à 9, 49’.
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