''Rose cui nois ne gelee'' (Gautier de Coincy)

Publié le

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
F
Merci à chacun pour vos commentaires. Vous m'aidez à comprendre que j'ai fait fausse route avec ma question.<br /> Merci Jeanne pour le lien que tu as vu avec la Séquence de Pentecôte. Et merci Jean pour ce que tu rectifies des traductions inadaptées : c'est une vraie leçon à la fois de fidélité aux mots, et en même temps à la musicalité qu'il faut conserver dans la langue de traduction. Comme ce doit être difficile de bien traduire ! Merci pour ce que tu proposes, que je trouve bien mieux !
Répondre
L
Merci Jeanne pour le lien que tu as fait avec le « Veni sancte spiritus ».<br /> Et merci Jean pour ce que tu écris par rapport à la traduction. Je n’avais, pour ma pat, pas compris le sens du vers : « Saphirs d’Ynde la majour ». Merci de nous avoir donné ta traduction : c’est bien plus clair ! (« de gracieuse vigueur » aussi !)
Répondre
J
Merci, Jean, pour ton souci de la traduction juste que tu partages avec nous. J'ai particulièrement aimé ceci : " « de gracieuse vigueur » !
Répondre
J
Merci, Jeanne, d’avoir remarqué le lien avec la Séquence de Pentecôte.<br /> Merci, Jean, pour ton commentaire, et particulièrement pour l’apport des rectifications de la traduction, qui me rappellent encore l’importance de la justesse de ce travail difficile.
Répondre
J
Tu as tout à fait raison, Jeanne, quant au parallèle évident avec la Séquence de Pentecôte ; j’ai pensé la même chose, et ces expressions communes pour les désigner soulignent le lien indissoluble de Notre-Dame à son divin Époux, l’Esprit Saint !
Répondre
J
Je reçois une vraie joie spirituelle par ce frère Gauthier, consacré-poète de la Sainte Vierge, avec ce titre si aimant, à la fois très humble et audacieux, de « serf entre tous les serfs de Notre-Dame ». <br /> D’abord, j’ai énormément aimé la comparaison si originale et intéressante avec la panthère (animal que j’ai toujours admiré et affectionné), en particulier la référence à l’hostilité de Genèse 3,15 et à la Maternité unique de la Sainte Vierge. Celle à la Résurrection (« Elle entre dans sa caverne et elle dort pendant trois jours. Elle se lève alors ») appuie le lien entre Notre-Dame et son Fils. La comparaison avec la tigresse me rejoint moins, mais je retiens ce passage si parlant : « Lorsqu’elle trouve sa tanière vide de ses petits, aussitôt elle poursuit rapidement les traces du chasseur qui les a enlevés. »<br /> Dans le poème, ce que je trouve spirituellement le plus relevé est ceci :<br /> « On ne pourrait assez louer cette Cime d’honneur, même si l’humaine pensée ne connaissait d’autre tâche »<br /> Et ceci, si émouvant : « Prie le Sauveur que ton chanteur demeure en sa Contrée ».<br /> Les vers que je trouve particulièrement beaux sont : <br /> « En haute mer salée, Fontaine de douceur » ; « de couleur choisie » (qui renvoie à la « fine émeraude ») ; « paix dans la mêlée », bien sûr. J’ai aussi beaucoup aimé la référence à l’exclamation des miquelots devenue le cri de ralliement des chevaliers français !<br /> En revanche, avec tout le respect dû à ses qualités et son travail très utile, certains choix du traducteur me semblent discutables :<br /> « Ne mue colour » : pourquoi pas « changer la couleur » ? « Faner » et « changer », ce n’est pas pareil !<br /> « De graciouse vigour » : pourquoi pas « de gracieuse vigueur » ? Là, le sens est vraiment modifié.<br /> Pire : « Saphirs d’Ynde la majour ». Traduire de la sorte, en tordant la grammaire, modifie encore le sens. Il aurait fallu écrire quelque chose comme : « Des saphirs d’Inde, le plus précieux ».<br /> Pour conclure, même si c’est plutôt anecdotique, j’aime bien la voix de la chanteuse, moi aussi.
Répondre
F
Merci pour la découverte de ce poème chanté de Gautier de Coincy, qui, déjà, communique la joie d’une dévotion mariale si importante dans la société médiévale (nous en avons déjà eu plusieurs exemples sur Que J’éveille l’Aurore !). Rien que le titre dont se qualifie ce moine bénédictin, « serf entre tous les serfs de Notre-Dame », dit combien le service et l’honneur de cette Dame toute Sainte a suscité d’émulation parmi les chevaliers, le poètes, les religieux… C’est admirable !<br /> Je trouve très intéressant le besoin médiéval d’user de symboles pour parler de la réalité, au point même d’évoquer ces images étonnantes pour les modernes que nous sommes, et que tu expliques : la « panthère à l’odeur plus que suave » et la « tigresse dans le miroir ». Cette façon de traduire les réalités mystiques par des figures légendaires, comme pour souligner que les réalités terrestres sont à certains égards incapables d’évoquer le mystère, était sans doute très pertinente au Moyen âge, et de toute façon, la référence à Dieu, dans la fidélité à ce qu’enseignait l’Église, était hors de doute. Dans le même temps, je me demande si c’est un langage vraiment compréhensible aujourd’hui, dans un monde matérialiste qui meurt tellement de la perte de sens que beaucoup versent dans l’autre extrême en fuyant dans des mondes imaginaires. L’engouement pour les « légendes médiévales » à la sauce heroic fantasy montre bien cela, je crois. Mais je ne sais pas si ce que je dis là est juste, et je serais reconnaissant d’avoir votre avis sur la question, que je m’étais d’ailleurs déjà posée lors de l’article sur le Physiologus (https://www.qja.fr/2022/12/le-physiologus.html). <br /> Dans le poème présenté, je retiens particulièrement ces images : « En haute mer salée Fontaine de douceur », « Rosée parmi les flammes », « cime d’honneur ». Je trouve aussi très touchante la demande du trouvère à la fin : « Prie le Sauveur Que ton chanteur Demeure en sa Contrée ».<br /> Pour ce qui est de l’interprétation, je trouve comme toi que la soprane est « belle, sans être sophistiquée », et c’est intéressant d’entendre les mots, et la manière de les prononcer, de l’époque médiévale. Concernant le style musical, tout en ayant beaucoup de reconnaissance pour tous ces musiciens qui ont cherché à développer le sens de la mélodie, la construction au sein de modes musicaux, et qui ont ainsi permis tout ce qui a eu lieu ensuite, je dois dire que ce n’est pas ici un air qui me laisse particulièrement admiratif. Mais je suis peut-être trop influencé par le génie des compositeurs des siècles suivants ! Quoi qu’il en soit, grand merci à Gautier de Coincy, et à tous ses confrères trouvères !
Répondre
M
Merci beaucoup Lucie, j’ai beaucoup aimé découvrir ce cantique ainsi que l’interprétation. Je trouve vraiment très belle cette louange à Notre Dame et j’ai trouvé très réjouissant de découvrir tous ces si beaux titres et images que Gautier de Coincy exprime.<br /> « Rose dont neige ni gelée/Ne peuvent pâlir ou faner la couleur »<br /> « Rosée parmi les flammes »<br /> « Château dont la porte/Ne fut jamais déclose, »<br /> Tous les titres de pierres précieuses : « émeraude », « diamant », « jaspe », « saphir », « rubis »<br /> Les quatre vers sur le fait qu’on ne pourra jamais suffisamment louer la Vierge Marie<br /> Et aussi, « Impératrice couronnée/Par la Main du Créateur »<br /> Et la dernière strophe…<br /> J’aime la mélodie simple et sans accompagnement qui met bien en valeur ce si beau texte.<br /> Merci pour les éclairages que tu donnes sur la panthère, « Elle se lève alors, ouvre sa gueule et exhale une haleine si douce et si agréable que toutes les bêtes qui flairent cette odeur vont à sa rencontre ». Cela m’évoque la « bonne odeur du Christ » dont parle saint Paul dans sa lettre aux corinthiens : « Car nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ, parmi ceux qui accueillent le salut comme parmi ceux qui vont à leur perte » (dans la Bible : 2ème lettre aux corinthiens chapitre 2 verset 15). Et sur le tigre, mais qui reste pour moi plus énigmatique… Je retiens tout de même cette phrase : « Sachez que lorsqu’il trouve sa tanière vide de ses petits, aussitôt il poursuit rapidement les traces du chasseur qui les a enlevés. » qui évoque bien le combat de Notre Dame pour ses enfants.<br /> Je rends grâce pour ces chantres, trouvères, Gautier de Coincy, saint Louis Marie de Montfort, qui rejoigne les personnes en prenant les mélodies profanes populaires, et les élève en leur transmettant et en partageant avec eux des trésors de foi !
Répondre
J
Merci. J’ai apprécié la sobriété de la voix (peut-on dire que c’est une voix cristalline ?) avec cet air médiéval. Je trouve que ça donne un peu l’impression parfois d’une complainte et d’autre fois d’un cri (particulièrement pour les premières phrases). J’ai aimé lire les noms que le poète donne en particulier ceux-ci : « Ne peuvent pâlir ou faner la couleur, En haute mer salée Fontaine de douceur, Clarté dans les ténèbres » ; « Château dont la porte Ne fut jamais déclose ». Les noms « Consolation et sourire ! », « Santé dans la faiblesse » et « « Repos dans le labeur » m’ont fait penser aux descriptions faites de l’Esprit Saint, autrement appelé le Consolateur, dans la prière du « Veni sancte spiritus » : « adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos, dans la fièvre, la fraîcheur, dans les pleurs, le réconfort »<br /> Comme toi, les images de la panthère et de la tigresse m’ont interpelée… Merci alors pour les extraits de ces bestiaires : j’ai trouvé intéressant le rapprochement qui peut être fait entre la panthère et la Vierge Marie pour ces deux points en particulier : qu’elle repousse le dragon et qu’elle ne porte des petits qu’une fois dans sa vie. Quant à la tigresse, je n’ai pas tout compris de ce qui est dit dans ce bestiaire, mais cette phrase m’a semblé pouvoir s’appliquer à notre Mère qui protège ses enfants, les poursuit d’un amour maternel pour les ramener à la maison lorsqu’ils s’égarent où sont enlevés : « Sachez que lorsqu’il trouve sa tanière vide de ses petits, aussitôt il poursuit rapidement les traces du chasseur qui les a enlevés. »
Répondre
J
Merci pour la découverte réjouissante de ce trouvère, moine bénédictin, « serf entre tous les serfs de Notre-Dame » (quelle identité si belle !), de la famille d’âme de saint Louis-Marie de Montfort !<br /> J’ai beaucoup aimé retrouver l’esprit médiéval dans ce cantique, rempli d’esprit chevaleresque, avec par exemple le vers :<br /> « Château dont la porte<br /> Ne fut jamais déclose »<br /> Ou encore celui-ci :<br /> « Et paix dans la mêlée ! »<br /> Ce dernier titre donné à la Vierge Marie m’a profondément touché. <br /> Je retiens aussi spécialement les titres particuliers de « Cime d’honneur », et la très belle image si bien construite :<br /> « En haute mer salée<br /> Fontaine de douceur »<br /> Je trouve profondément émouvants les trois derniers vers, qui résument si bien l’objectif primordial et ultime :<br /> « Prie le Sauveur<br /> Que ton chanteur<br /> Demeure en sa Contrée »<br /> Enfin, j’ai été très intéressé par la présence des deux félins, surtout la panthère, images si originales et évocatrices, selon la largeur de vue médiévale, qui savait s’inspirer profondément des autres créatures, spécialement les animaux. Je trouve très beau que la Vierge Marie soit ainsi évoquée dans le mystère de sa beauté à travers la panthère, animal à la fois si élégant, gracieux mais terrible au dragon !<br /> Je relève aussi l’allusion à la maternité unique de Notre-Dame : « Sachez que la panthère ne porte des petits qu’une fois dans sa vie. »
Répondre
C
Merci Lucie pour cette découverte très intéressante de ce cantique spirituel de Gautier de Coincy, pour la traduction de la langue d’oïl, pour l'interprétation de la soprane, pour le manuscrit : c'est un ensemble très complet qui me permet d'approcher ce XIIIème siècle que je connais si peu malheureusement, et plus précisément ce moine-poète qui, dans la définition qu'il donne de lui-même, "serf entre tous les serfs de Notre- Dame" , me touche et m'attire.<br /> <br /> De tous les vocables inventés avec amour pour la Vierge Marie, j'aime particulièrement:<br /> " Rose dont neige ni gelée<br /> Ne peuvent pâlir ou faner la couleur"<br /> Cette rose inaltérable qui ne flétrit pas et qui traverse l' hiver sans mourir est bien la Rose Mystique des litanies de la Sainte Vierge;<br /> et j'aime cette autre image bâtie sur une antithèse:<br /> "En haute mer salée<br /> Fontaine de douceur"<br /> qui me semble allier celles d’Étoile de la mer et de Fontaine du salut.<br /> Nous y retrouvons aussi l'écho de l'hymne acathiste en l'honneur de la Mère de Dieu, qui fut chanté en procession sur les remparts de Constantinople au VIIème siècle et sauva la ville de l'invasion.<br /> <br /> Mais, à côté de ces très belles images assez familières, j'ai été surprise de découvrir, sous la plume du trouvère, celles de la panthère et de la tigresse, et je te remercie, Lucie, pour les explications très intéressantes tirées des bestiaires de l'époque, et que tu as trouvées et nous partages. Ces images sont assez captivantes: comparer la Vierge Marie à des félins permet de célébrer sa magnificence, sa puissance, son mystère. Je trouve cela très beau. Elle repousse le dragon, elle défend ses petits! <br /> <br /> Oui, puissions-nous demeurer " en sa Contrée".
Répondre