La fauchaison

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J
Merci, Jean, et merci, Christine, de partager avec nous vos souvenirs : ça m’a plu de les lire. Merci, Jean, c’est très intéressant : « J’apprécie toujours la relation de l’invention ingénieuse d’un outil qui, tout à coup, change le cours de l’Histoire. » ainsi que l’interrogation que tu soulèves. Merci, Joseph, pour ton témoignage donné suite à ce que Jean écrit.
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J
Merci Marguerite pour ta belle observation sur l’ouvrier du fond, j’ai aimé ce que tu écris : « Fièrement dressé, appuyé sur sa faux, il tend la main et son regard ne se pose pas de manière avide et méfiante sur la solde qu’il reçoit, non, il regarde l’homme qui la lui donne avec une posture et un visage digne et fier. »<br /> Merci Jean pour le partage de ton expérience de la fenaison, que j’ignorais !<br /> Merci pour ta remarque sur l’outil : « ce dernier est le prolongement de son corps, et en tant que tel, il le garde avec lui et le maintient lui aussi digne, avec son pied. »<br /> Et merci particulièrement pour la question que tu poses à la fin ; à toute petite échelle, dans le domaine de la menuiserie justement, il me semble que c’est criant de vérité ! Et je repense, par exemple, à la joie bien particulière d’utiliser un rabot à main sur un chantier, alors qu’il était impossible d’utiliser l’électricité : il me semble que j’avais fait à cette occasion (comme à bien d’autres d’ailleurs heureusement !) l’expérience de ce prolongement du corps par l’outil que tu décris, avec l’effort corporel si bénéfique. Je suis très frappé de voir que dans certains métiers manuels, il y a de moins en moins de manuel ! les outils ultra « performants » n’étant plus contrôlés que par la « tête »…
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M
Merci Christine et Jean de partager avec nous vos souvenirs. Aussi Christine d’évoquer le tableau de 2021 que je n’avais plus à l’esprit, et merci Jean pour ce que tu soulèves de très important à la fin de ton commentaire.<br /> Merci aussi Lucie et Christine pour votre regard sur le deuxième homme en bleu.
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F
Merci, Christine et Jean, pour le partages de vos souvenirs respectifs ! <br /> Merci Jean pour ce que tu exprimes sur l'outil comme prolongement du corps - c'est très frappant en effet dans le tableau de Lhermitte -, et la question que tu soulèves à la fin de ton commentaire. Cela m'a tout de suite rappelé une parole du Pape François concernant la dite "intelligence artificielle", du 24 janvier 2024 : "En réalité, l’homme a toujours fait l’expérience qu’il ne se suffit pas à lui-même ; et il tente de surmonter sa vulnérabilité par tous les moyens. Depuis les premiers objets préhistoriques, utilisés comme prolongement des bras, en passant par les médias utilisés comme prolongement de la parole, nous en sommes arrivés aujourd’hui aux machines les plus sophistiquées qui agissent comme un prolongement de la pensée. Chacune de ces réalités peut cependant être contaminée par la tentation originelle de devenir comme Dieu sans Dieu (cf. Gn 3), c’est-à-dire de vouloir conquérir par ses propres forces ce qui devrait au contraire être accueilli comme un don de Dieu et vécu en relation avec les autres."<br /> On comprend bien ici que la dimension de relation est justement ce qui est enlevé à l'homme quand il laisse les outils qu'il a conçus le remplacer, comme tu le dis.
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J
Merci pour cette belle découverte qui me plaît beaucoup, tant par le sujet que par la façon dont le peintre le traite, dans ce grand courant naturaliste qui fait revenir au réel. J’aime l’attachement de Léon Lhermitte, comme celui de Jean-Baptiste Manhes, à leur « terre natale, comme tout authentique poète ».<br /> Cela m’a rappelé ces moments, il y a 13 ans, où j’ai rentré les foins plusieurs jours durant (car, oui, comme l’écrit Jeanne, il y a bien d’autres étapes) et où, il y a 18 ans, je me suis essayé à la fenaison. « Sans effort apparent, le geste régulier, sans marquer un arrêt, pareils au balancier » : il me semble que c’est précisément ce qu’on m’avait dit alors – utiliser le poids (considérable, et j’étais, pour ma part, nettement moins râblé) de la faux.<br /> J’apprécie toujours la relation de l’invention ingénieuse d’un outil qui, tout à coup, change le cours de l’Histoire. Je trouve à cet égard particulièrement importante dans ce tableau la mise en valeur de la lame de la faux ; par la lumière, mais surtout par la posture volontaire de l’ouvrier. Il n’a pas appuyé au mur, ou pire, jeté à terre, son outil ; ce dernier est le prolongement de son corps, et en tant que tel, il le garde avec lui et le maintient lui aussi digne, avec son pied.<br /> Bien entendu, ce que je retiens en particulier de cet article est ceci :<br /> « Il ne se permettrait pas d’être affalé après l’effort. Il semble étranger au souci (bien juste par ailleurs !) de recevoir son salaire, comme si, d’une certaine manière, il l’avait déjà reçu : la conscience du devoir accompli. » ; auquel j’adjoins ce qu’écrit justement Marguerite : « J’ai remarqué aussi celle du jeune homme qui reçoit sa paye. Fièrement dressé, appuyé sur sa faux, il tend la main et son regard ne se pose pas de manière avide et méfiante sur la solde qu’il reçoit, non, il regarde l’homme qui la lui donne avec une posture et un visage digne et fier, je trouve. »<br /> Avec, surtout, la phrase admirable de Saint-Exupéry : « Cet homme éprouvait, en face de sa vie passée, le tranquille contentement du menuisier qui vient de polir une belle planche : ‘‘Voilà. C’est fait.’’ » <br /> Ne serait-ce pas cela, le bonheur ? <br /> <br /> PS : Ainsi donc, on peut se poser la question de savoir si tous les outils font progresser l’être humain ; quand ils le remplacent complètement, ou lui apportent une trop grande facilité, ne lui volent-ils pas son devoir, et, partant, donc, son bonheur ?
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C
Merci Joseph pour ce bel article couleur des moissons.<br /> J'aime ce que tu nous apprends sur le geste du faucheur, cette métrique accordée à l'espace, ce ballet cadencé des fenaisons, cette partition des andains; s'en dégage toute une poésie que chantent bien les vers de Jean-<br /> Baptiste Manhes ; j'en retiens tout particulièrement la personnification de l'herbe:<br /> "La faux bien acérée mord l’herbe qui se plaint<br /> Avant de basculer, dessinant un andain."<br /> Une des allégories de la mort n'est-elle pas d'ailleurs la faucheuse!<br /> J'aime ce tableau de Lhermitte (déjà rencontré dans l'article "Moissons" de Que j'éveille l'Aurore, 10 août 2021), et, particulièrement ce que tu soulignes sur les bras et les mains du faucheur qui, je trouve, témoignent admirablement de l'intensité de son effort. il m'apparaît harassé, mais pas anéanti, comme tu le soulignes Joseph, figé dans cette halte, comme absent désormais de ce que seront les heures du soir; c'est d’ailleurs son épouse qui reçoit son salaire: je me rallie ici complètement à l'interprétation de Lucie; il a travaillé pour sa femme et son petit, pour ceux qu'il aime et dont il a la responsabilité; sans doute, est-ce la femme qui achètera la miche de pain, la motte de beurre...Lui a fait sa part, il a accompli, comme tu le dis, Joseph, son devoir.<br /> Merci pour toutes les explications sur la faux; on observe bien sur le tableau les traces d'usure de la lame. Je trouve que l'histoire des outils (et celui-ci est tellement ancien!) est un hommage à l'inventivité de l'être humain, à son désir de progresser.<br /> Cet article fait rejaillir en moi un merveilleux souvenir d'enfance: quand nous arrivions en vacances chez ma grand-mère, le verger n'était pas encore fauché; peu de temps après notre arrivée, un vieux voisin venait avec sa longue faux dont nous n'avions pas le droit d'approcher, bien sûr; c'en était fini alors des boutons d'or, des marguerites, des scabieuses, du sainfoin et de la ronde des papillons! mais l'odeur délicieuse de l'herbe coupée et l'accès, devenu possible, au grand cerisier rempli de fruits, effaçaient mon chagrin.<br /> J'ai repensé aussi aux très belles descriptions du monde des moissonneurs par le poète vaudois Gustave Roud (1897-1976),dans Air de la solitude:<br /> "...tout proche, le premier coup de faux, ce glissement rapide et net, comme il tranche les tiges trop tendres, tranche ce qui nous lie à la saison morte, et nous délivre.C'est la rupture enfin consommée, la promesse tenue une fois encore (...) Calme bruissement que l'on écoute sourdre au cœur de l'herbe nouvelle, comme une source longtemps tarie, comme un cœur qui recommence à battre!".
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J
Merci, Joseph, pour ton article bien de saison ! J’ai apprécié lire le descriptif de cet outil et son utilisation qui, en effet, me semble être un bon coup de main à prendre, et pas si facile... <br /> Concernant le tableau, j’ai été intéressée par la faux : la voir ainsi contre l’ouvrier m’a aidée à réaliser sa taille réelle. Merci pour ton commentaire sur les veines du bras et l’autre main de l’homme décrit. Bien qu’il garde une posture digne, le regard de ce dernier me semble tout de même bien épuisé, voire même hébété (?) En voyant les gerbes de blé, je me suis dit que leur travail, déjà bien fatigant, ne s’arrêtait très probablement en réalité pas à faucher la céréale : ensuite il fallait tout ramasser, lier, et porter jusqu’à un endroit sec. Merci pour la citation de Saint-Exupéry avec l’expression de la satisfaction du devoir accompli. J’ai apprécié le rythme du poème qui commence doucement, puis accélère, et enfin ralentit, avec également les termes musicaux (« chef d’orchestre », « danse », « sans marquer un arrêt »). J’ai trouvé belle la contemplation décrite des travailleurs avant de commencer leur tache : « Les robustes faucheurs sur le manche appuyés, Contemplent un court moment l’herbe qui, sous la brise Et les gouttes de nuit, dans le soleil s’irise. »
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L
Merci Joseph pour ce partage estival ! <br /> Merci pour la découverte de cette œuvre de Léon Lhermitte dont j’aime beaucoup le style. Je trouve très noble la posture de l’ouvrier debout recevant sa paye, et la manière dont il s’appuie sur sa faux au manche replié. Je trouve en particulier son visage et son regard très bien peint ! C’est sans doute sans importance, mais je n’avais pas compris comme toi le rôle des personnages : Je pensais que la femme était celle de l’homme nous faisant face, assise sur la même pierre, recevant la paye de son mari (les deux hommes en chemise bleu, qui n’ont pas de faux, me semblaient alors être des employeurs). Tu dis, as propos de cet homme : « Il doit être exténué, mais n’en laisse rien paraître. » Si je suis bien d’accord avec toi sur sa noblesse puisqu’il se tient bien droit, sans souci de sa paye, il me semble cependant que ces épaules affaissées manifestent son état d’exténuation. Ainsi que son regard un peu perdu dans le vide. L’âme non, mais le corps semble las : accueillant le répit offert par ce mur et ce banc de pierre. <br /> Je n’avais jamais fait attention jusqu’ici à cet instrument, la faux. Léon Lhermitte la met bien en valeur : les longueurs du manche et de la lame m’impressionnent. Merci pour toutes tes recherches et tes explications techniques très intéressantes.<br /> Merci pour le poème de Jean-Baptiste Manhes. J’aime en particulier la partie centrale où il décrit ce travail des champs comme une danse et un balancier régulier, orchestrés par le « bouvier grand ». Ce mouvement, bien qu’éreintant transmet en effet quelque chose de poétique.
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F
Merci pour la découverte de ce tableau que j’apprécie particulièrement, pour plusieurs raisons. Déjà, me plaît beaucoup le réalisme de la peinture, dans le traitement des couleurs, la texture des vêtements, les postures des personnages, les différents éléments naturels très bien peints (le banc de pierre, le volet en bois, les épis, la lumière se reflétant sur la faux…), et surtout la physionomie des visages, ou plutôt du visage de cet homme. Je trouve impressionnante la manière si juste dont le peintre a su rendre à la fois la dignité (merci pour ce que tu écris : « Il ne se permettrait pas d’être affalé après l’effort ») et la fatigue. J’ai aimé regarder ses bras, son torse maigre mais musclé, la position de ses jambes. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est sa main gauche, si belle, relâchée d’une manière qu’on comprend qu’elle a beaucoup serré la faux. C’est remarquable ! J’ai aussi aimé la présence du nourrisson et de sa mère, signe que c’est tous les membres du village qui sont impliqués, d’une manière ou d’une autre, dans ce labeur des moissons, temps très particulier de l’année.<br /> Merci pour ce que tu expliques sur la faux : je ne m’imaginais pas que son utilisation demandait un tel savoir-faire, ni qu’elle devait être aiguisée si souvent.<br /> Merci pour le poème de Manhes. J’aime particulièrement ceci :<br /> « Les robustes faucheurs sur le manche appuyés, <br /> Contemplent un court moment l’herbe qui, sous la brise <br /> Et les gouttes de nuit, dans le soleil s’irise. <br /> Cette agreste beauté, dans le soleil levant <br /> Distrait peu les clarchis, le travail les attend. »<br /> Cela souligne bien, je trouve, que contemplation ne rime pas avec paresse, et que le véritable poète connaît intimement le sens du travail et de l’effort.
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M
Merci Joseph pour le partage avec nous de ce tableau de Léon Lhermitte. J’aime beaucoup cette scène, sa simplicité, son réalisme, les personnages tellement bien réalisés avec tous les détails des vêtements, et puis cette cour de ferme, avec le banc de pierre, les gerbes de blés au sol, la présence de cette femme avec son nourrisson, ainsi que les couleurs et notamment la présence du bleu. Ce qui me frappe beaucoup dans ce tableau est la dignité des personnages. Il y a celle de cet homme assis que tu décris, mais j’ai remarqué aussi celle du jeune homme qui reçoit sa paye. Fièrement dressé, appuyé sur sa faux, il tend la main et son regard ne se pose pas de manière avide et méfiante sur la solde qu’il reçoit, non, il regarde l’homme qui la lui donne avec une posture et un visage digne et fier, je trouve. Celui qui attend l’est aussi il me semble, a sa façon, la faux sur l’épaule, sans montrer aucun signe d’épuisement. Concernant l’homme sur le banc merci pour ce que tu écris : « Il ne se permettrait pas d’être affalé après l’effort. Il semble étranger au souci (bien juste par ailleurs !) de recevoir son salaire, comme si, d’une certaine manière, il l’avait déjà reçu : la conscience du devoir accompli. ». Merci pour la citation de Saint-Exupéry, ce qu’elle m’évoque c’est le désir de tout faire pour qu’à la fin, toute fin, « en face de sa vie passée », la pensée puisse être celle du « devoir accompli » et alors du « tranquille contentement » et non celle (terrible !) d’un regret, ou d’une impression d’être complètement passé à côté…<br /> Merci de partager avec nous tes recherches concernant l’histoire et le savoir-faire liés à la faux.<br /> Merci aussi pour l’extrait du poème de Jean Baptiste Manhes, je retiens particulièrement l’image de « la danse de la faux et des hommes » dont j’aurais beaucoup aimé être spectatrice.
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