Notre soeur la pluie

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Publié dans Littérature

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J
Merci Frantz pour ce commentaire profond : « « Le ciel vomit, malade, l’esprit de consumérisme qui l’a tant maltraité… Comme Dieu doit être peiné de voir sa créature, sœur pluie, bien abîmée et perturbée en ces temps ! », réalité qui donne à réfléchir…<br /> Merci Jean d’avoir sut m’éclairer pour le vers sur la pluie minutieuse. Merci aussi pour ton commentaire qui m’a bien fait sourire… Hélas, pour ma part, c’était bien en automne, et il n’y avait pas le moindre vin chaud. Je dois avouer d’ailleurs que ma préoccupation principale, en tant que patte tendre, n’était pas tant poétique qu’attente ardente du signal du coucher.
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J
Merci, Jean, pour ton beau regard : « je songeais plutôt, au contraire d’un quadrillage régulier, à une pluie par petites touches, comme de peintre minutieux, emportées par des sautes de vent ». Merci, Frantz, pour ta remarque sur le ciel malade...
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L
Merci Frantz pour ce que tu écris : "il est aussi très triste que la pluie soit empêchée d’abreuver, et qu’elle soit contrainte d’inonder et de détruire. (...) Comme Dieu doit être peiné de voir sa créature, sœur pluie, bien abîmée et perturbée en ces temps !".
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J
Joseph : si du moins cette « veillée arrosée » l'était bien de pluie, ce que j’espère (mais sait-on jamais, avec les chants « Le 31 du mois d’août » ou « Les pirates »…), j’ai le même souvenir ! Averse d’été, donc, et non d’automne comme ici ; c’est ce que j’ai pensé en lisant le poème.<br /> Quant à ce que tu dis sur le vers « il pleut comme minutieusement », je songeais plutôt, au contraire d’un quadrillage régulier, à une pluie par petites touches, comme de peintre minutieux, emportées par des sautes de vent.
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J
Merci, Frantz, pour la citation très à propos d’Isaïe 55, 10-11 et pour ta remarque : « Le ciel vomit, malade, l’esprit de consumérisme qui l’a tant maltraité… Comme Dieu doit être peiné de voir sa créature, sœur pluie, bien abîmée et perturbée en ces temps ! »
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J
Merci, Christine, pour cet article : il me plaît de lire de la poésie sur QJA. <br /> Tout d’abord, j’ai goûté ton expression « ramené aux vitres » – combien j’aime voir et entendre la pluie sur les carreaux ! – et ta définition très adéquate de la bruine comme griffonnant le paysage.<br /> Le poème que j’ai préféré est celui d’Henri de Régnier, avec la remarquable musicalité du premier quatrain. D’autre part, j’y reconnais la contemplation du véritable poète, particulièrement dans ces vers :<br /> <br /> « Au mur, on dirait que la treille<br /> S’étire d’un geste engourdi. »<br /> <br /> « Le jardin chuchote et tressaille »<br /> <br /> « Il pleut, et les yeux clos, j’écoute,<br /> De toute sa pluie à la fois,<br /> Le jardin mouillé qui s’égoutte<br /> Dans l’ombre que j’ai faite en moi. »<br /> <br /> J’ai aussi apprécié la belle métaphore filée de Illyès : « Sur ses pointes de danseuse, elle virevolte, s’arrête aux aguets, se mire dans des boules de verre [particulièrement cette image], sautille, s’esquive, s’éclipse, mais sa présence persiste dans le jardin de gouttes constellé » ; et je trouve très bien remarqué et exprimé ceci : « Les plantes ont pris le parti du soleil, tout brille davantage sous la lumière mouillée. »
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C
Merci, Joseph, pour la citation de Cadou qui unit si bien poésie et pluie...
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J
Merci pour ce partage poétique et pour l’occasion offerte de s’émerveiller encore de la pluie. J’ai aimé particulièrement, dans le poème de Régnier, cette belle image musicale : <br /> « le gravier tiède<br /> Crépite… », <br /> avec l’alliance de l’eau et du feu, qui m’a fait songer à une veillée scoute particulièrement arrosée, où nous entendions ce chant, groupés autour du foyer. <br /> J’ai également aimé cette expression, que je trouve très juste lors de certaines pluies très régulières, qui quadrillent parfaitement l’espace :<br /> « il pleut<br /> Comme minutieusement ».<br /> Je trouve aussi inspirée cette image, qui me rappelle combien la pluie est signe de bénédiction céleste selon la Parole de Dieu dans la Bible :<br /> « L’averse semble maille à maille<br /> Tisser la terre avec le ciel ».<br /> En revanche, je n’ai pas bien compris l’expression de l’ombre. <br /> Dans le poème de Jammes, j’ai relevé, bien sûr, cette belle invention du « bruissaillement », en m’émerveillant pour l’artisanat du langage, qui cherche toujours à exprimer la réalité au plus juste.<br /> Enfin, dans le poème d’Illyés, j’ai tout de suite été frappé par l’assonance en « i » très judicieuse, il me semble, quant à la musicalité de la pluie. J’ai aimé également cette expression : « lumière mouillée ». <br /> Je repense alors à une phrase d’un autre poète, René Guy-Cadou, qui écrivait : « La poésie est inutile comme la pluie. » C’est-à-dire vitale.
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M
Merci Christine pour ce partage poétique très intéressant, par la découverte de ces trois poèmes ainsi que, pour ma part, de plusieurs mots (sonnaille, trilles ou subrepticement par exemple). Merci pour ce que tu expliques et précises pour chacun de ces textes. Pour celui de Henri de Régnier je trouve jolie l’image de la pluie qui donne au jardin de s’éveiller, en particulier la « treille (qui) s’étire d’un geste engourdi ». J’ai spécialement aimé aussi « L’averse semble maille à maille Tisser la terre avec le ciel ». Merci d’expliquer le mot « bruissaillement » de Francis Jammes, je retiens de ses vers « la pluie qui pleure du soleil... », et « La pluie courait sur la montagne » que l’on a facilement à l’esprit je trouve. Concernant les vers de Gyula Illyès, je suis frappée par l’image de la danseuse, même si celle-ci m’interpelle pour évoquer la pluie, mais en ce sens merci pour ce que tu exprimes : « l’accumulation des verbes avec leur si jolie et suggestive assonance en « i » (virevolte, se mire, sautille, s’esquive, s’éclipse, persiste) nous entraînent dans la danse, au rythme de l’ondée. ». Je retiens surtout cette image de « la lumière mouillée ». <br /> Merci enfin pour cet appel à la gratitude pour « notre sœur la pluie », à « la célébrer, elle qui abreuve la terre et la fait fleurir, désaltère et purifie, et sans qui nulle vie n’est possible ».
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L
Merci Christine de nous convier, avec ces trois poètes, à la gratitude pour la pluie. Parmi ses bienfaits que tu nous rappelles (« elle qui abreuve la terre et la fait fleurir, désaltère et purifie »), je retiens en particulier ce soir la dernière. La si belle et importante action de l’eau sur la terre et dans nos corps qui purifie et lave.<br /> Ce qui me plait dans le poème d’Henri de Régnier c’est avant tout la délicatesse de cette pluie qui agit dans le temps, à petit pas : « Peu à peu », « Feuille à feuille », « maille à maille » ; on est loin ici de l’averse fracassante. J’aime aussi le tissage entre la terre et le ciel, et la dernière strophe (tout en étant pas bien sûre de parfaitement la comprendre). L’image du jardin qui s’égoutte en l’être, à l’intérieur de soi, m’interpelle.<br /> Je trouve beau deux mouvements de la pluie dans le poème de Francis Jammes : la course sur la montagne (j’ai l’image du rideau de pluie que l’on voit parfois de loin se déplaçant ça et là) et le fait qu’elle tombe comme des larmes du soleil (ce qui m’évoque que la scène est lumineuse et le soleil non voilé).<br /> Le poème de Gyula Illyès a, je pense, ma préférence. J’ai aimé cette jeune pluie que « dérobe en ses voiles qu’elle déploie, la lumière qu’elle irise. » et ces mouvements de danseuse : « elle virevolte, s’arrête aux aguets, se mire dans des boules de verre, sautille, s’esquive, s’éclipse ». La encore, la lumière fait son œuvre : « tout brille davantage sous la lumière mouillée. »
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J
Merci, Christine, pour l’expression de ton émerveillement. Dans ton article, j’ai apprécié la manière dont les mots stimulent les sens pour rencontrer la pluie : l’odorat à travers ce que tu écris (« à respirer son parfum »), et surtout l’ouïe chez les poètes présentés. En ce sens, j’ai spécialement aimé « entendre » dans le poème d’Henri de Régnier le son de la pluie grâce à la musique des mots, le rythme que tu commentes ou encore l’image choisie (« Comme d’imperceptibles pas »). J’ai trouvé belle l’observation et la description de l’arrivée de la pluie sur l’arbre dans le vers suivant : « Feuille à feuille, la pluie éveille L’arbre poudreux qu’elle verdit ». Merci particulièrement pour les commentaires que tu as fait de chaque poème, car cela m’a bien aidée pour ma lecture. Dans les vers de Gyula Illyès, j’ai aimé son regard attentif à l’environnement pour y voir ceci : « Les plantes ont pris le parti du soleil, tout brille davantage sous la lumière mouillée ». Merci de partager avec nous ce que tu as compris du texte d’Henri de Régnier : “les adjectifs « imperceptibles », « furtif », « confidentiel » nous font réaliser combien nous prêtons peu attention, d’ordinaire, à cette secrète visite de la pluie“. M’a plu la comparaison de la pluie avec une petite fille ou une jeune danseuse, ainsi que la mention de la course pour la pluie.
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F
Merci pour ces trois poèmes qui, chacun à leur manière, célèbrent « notre sœur la pluie ». Dans le premier, j’aime beaucoup l’image du filet ou du tricot : <br /> « L’averse semble maille à maille<br /> Tisser la terre avec le ciel. »<br /> En effet, ce perpétuel aller-retour entre terre et ciel (dépressions et évaporations), montre le lien étroit entre les deux, et je pense à ce passage biblique reprenant cette même image pour évoquer le lien si fort voulu entre Dieu et l’humanité : « Ainsi parle le Seigneur : “La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission.” » (Livre d’Isaïe, chapitre 55, versets 10 et 11).<br /> Merci pour ce que tu soulignes à propos du mot « bruissaillement » dans le poème de Francis Jammes, riche d’allusions à d’autres mots.<br /> Dans le texte d’Illyès, je retiens particulièrement ceci : « Les plantes ont pris le parti du soleil, tout brille davantage sous la lumière mouillée ». C’est beau de s’arrêter sur ce lien étroit entre eau et lumière, et de penser au fait que la vie végétale tient en ces deux sources mêlées, alternées sans cesse…<br /> Je pense à ceux qui, en France, ces dernières semaines, ont bien souffert de la pluie, et pour qui cette dernière n’a pas été une sœur bienvenue… Ce n’est pas de la faute de la pluie si l’ordre des choses sur terre est déréglé, mais pour ceux qui en pâtissent sans qu’ils en soient responsable, ce doit être difficile de voir en elle la sautillante danseuse d’Illyès… Et pourtant, comme tu le dis, « notre sœur la pluie » est celle « qui abreuve la terre et la fait fleurir, désaltère et purifie, et sans qui nulle vie n’est possible ». Finalement, je me dis que s’il est terrible pour l’homme de subir les conséquences climatiques de sa volonté de toute-puissance, il est aussi très triste que la pluie soit empêchée d’abreuver, et qu’elle soit contrainte d’inonder et de détruire. Le ciel ne pleure plus en bienfaisante abondance, il vomit, malade, l’esprit de consumérisme qui l’a tant maltraité… Comme Dieu doit être peiné de voir sa créature, sœur pluie, bien abîmée et perturbée en ces temps !
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