Rencontres boréales, ou l'obscurité lumineuse

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Publié dans Artisanat d'Art

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C
Merci pour vos commentaires et tout particulièrement ce "pas assez d'Attente" , si vrai...<br /> <br /> Je vous trouve par contre trop sévères avec Evgenia Arbugaeva qui a passé de longues périodes à partager la vie de ces habitants, pour les comprendre mieux et poser sur leurs vies un regard d'émerveillement: ses photos sont avant tout le reflet de cette démarche (rien de clinquant comme pour un guide touristique ou d'artificiel comme pour un jeu vidéo); la technique intervient , on peut le déplorer , mais sans, ici , d'esthétisme à outrance puisque le but est de susciter une prise de conscience.
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F
Merci, Jean et Joseph, pour ce que vous écrivez sur le fait que le problème, au fond, n'est pas un "trop d'attente", mais un "pas assez", et la dénonciation de la consommation qui tue le désir véritable et réduit à ne rechercher que les "petites choses" !
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M
Merci Joseph et Jean d’aller plus loin en évoquant plutôt le « pas assez d’attente ». Merci Jean pour ce que tu précises sur la terrible réalité concernant la banquise antarctique et de parler pour les images de « texture digne d’un jeu vidéo » c’est exactement cela que j’ai eu comme impression mais je n’avais pas su trouver les bons mots.
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J
Merci Jean et Joseph pour vos commentaires au sujet de l’attente (Jean : « Il ne s’agit pas, au fond, d’un « trop », mais d’un « pas assez » d’attente de l’être humain consommateur, écervelé et ingrat, qui, son désir mort, n’espère plus les petites choses, non plus, d’ailleurs, que les grandes. » ; Joseph : « je me suis demandé si le problème n’était pas plutôt de ne pas avoir assez d’Attente : l’attente des vrais poètes qui savent entendre ce que dit sans cesse l’humble quotidien, les êtres, et les menus détails, justement dans l’inlassable répétition des jours ; l’attente perpétuelle de se laisser enseigner par le réel. »)<br /> Merci Jean pour ce que tu relèves de mon commentaire. Je vous prie de bien vouloir excuser mon mauvais choix de vocabulaire, car je ne voulais pas suggérer la réalité de l’ermite telle que tu le rappelles, Jean).
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L
Merci Jean pour ce que tu rappelles sur la fonte de la banquise antarctique de 4,5 fois la France en moins de quinze ans ! C’est tellement important que je peine à réaliser (mais ça explique bien le phénomène d’échouage des morses qui se répète chaque année)…<br /> Merci aussi pour ce que vous écrivez Joseph et Jean au sujet de l'attente.
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J
Je découvre après rédaction de mon commentaire celui de Joseph, que je rejoins donc tout à fait sur l’attente ; et sur la manière de traiter l’image (comme Marguerite, et aussi Lucie, je crois).<br /> En revanche, je trouve pour le moins curieux ce que tu écris, Jeanne : « La tâche de ce couple accompagné de leurs chiens semble celle d’ermites. » (L’ermite étant un moine éprouvé qui se consacre à la prière dans une existence solitaire, quel pourrait être le rapport ?)
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J
Merci pour cet article sur ces régions du monde très mystérieuses qui déjà me fascinaient dans mes lectures d’enfance sur le Grand-Nord qui y était aussi appelé, et je trouve cela suggestif, « l’Enfer blanc ». Étrange existence, alors, que celle de ces gardiens de phare et météorologiste…<br /> Ce que montre le deuxième cliché, avec le lien entre l’échouage des morses et le bidon d’essence, est dramatique. Dans nos contrées, nous ne percevons pas vraiment le réchauffement climatique, mais en moins de quinze ans, la seule banquise antarctique a fondu de 4,5 fois la France… et dire qu’il y a encore des climato-sceptiques !<br /> <br /> De manière générale, un photographe est-il un artiste ? Je tends à penser que non, sans développer ici, car ce serait trop long. Dans ce cas précis, pour moi qui suis à mes heures photographe « au naturel » (sans même de flash) depuis une dizaine d’années, je trouve que retoucher ainsi à outrance les photos par informatique est non seulement esthétiquement plus que discutable, mais également très regrettable au fond, puisque factice. Cette texture digne d’un jeu vidéo me semble en complet décalage avec la réalité de ce qui voudrait être montré… Je n’incrimine pas cette personne en particulier : rares sont ceux aujourd’hui qui n’ont pas succombé à la sirène technologique qui exonère, comme pour tant d’autres domaines, de la difficulté, et parfois de l’impossibilité salutaire, auxquelles on est fatalement confronté dans l’artisanat photographique. C’est dommage, car les deux premières prises de vue étaient bien senties.<br /> <br /> Concernant la remarque du météorologiste, je la trouve pertinente à un premier niveau, mais peut-être faut-il la dépasser pour accéder à la vérité du problème. Il ne s’agit pas, au fond, d’un « trop », mais d’un « pas assez » d’attente de l’être humain consommateur, écervelé et ingrat, qui, son désir mort, n’espère plus les petites choses, non plus, d’ailleurs, que les grandes. À cet égard, l’anecdote des pommes me semble révélatrice !
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J
Merci pour la découverte de la photographe Evgenia Arbugaeva et pour cet aperçu de l’Arctique russe, territoire mystérieux et inconnu. J’ai d’abord été surpris par une forme de décalage entre le projet si louable de la photographe, qui veut dévoiler une réalité inconnue, et le moyen utilisé, ou plus précisément la manière de traiter l’image : ici, selon moi, il y a quelque chose d’artificiel dans la lumière, dans la façon dont nous est montrée la matière. A mon avis, ce seraient comme des images de synthèse, pas exactement à la hauteur de la simplicité, de la rudesse même décrite. Il me semble y manquer le silence du grand Nord, parce que la technique y prend trop de place. En revanche, les sujets choisis sont très évocateurs, comme ces pas solitaires, ou cette porte ouverte sur le morse. J’ai aimé d’ailleurs ce que tu écris à ce sujet : « l’œil rond et un peu triste du grand morse au premier plan, couché devant la porte comme un bon chien ». C’est cet œil qui m’a semblé le plus réaliste, comme une prise à témoin du drame immense qui se joue, oui, dans une trop grande indifférence. J’ai aussi aimé cette sorte de « vie coy », avec la noble intention de rappeler la valeur des choses, contre l’ignoble esprit de consommation. Oui, ces pommes méritaient bien ce beau napperon blanc de fête ! Je trouve belle aussi l’idée de dignité qui transparaît ici : les pommes ne sont pas qu’une chose à manger, mais un don que l’on s’apprête à recevoir avec gratitude et soin. Enfin, j’ai été frappé par la « remontrance de Slava » : « tu as trop d’attentes… ». Même si j’imagine bien que c’est précisément dans ce sens que sont dis ces mots, je me suis demandé si le problème n’était pas plutôt de ne pas avoir assez d’Attente : l’attente des vrais poètes qui savent entendre ce que dit sans cesse l’humble quotidien, les êtres, et les menus détails, justement dans l’inlassable répétition des jours ; l’attente perpétuelle de se laisser enseigner par le réel.
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J
Merci pour la possibilité de découvrir un peu cette terre qui m’est totalement inconnue. Je trouve mystérieux de penser que des êtres humains vivent dans un lieu où « règne une obscurité quasi absolu ». Je me demande par exemple comment doit être la luminosité du jour par rapport à celle de la nuit ?<br /> Sur la première photographie, je n’avais pas compris avant de lire ton commentaire que nous étions face à un paysage enneigé, car j’ai tout de suite pensé à une mer houleuse et chargée d’écume, de laquelle surgissait un phare. J’ai aimé le ciel qui se découpe en deux étages : le premier composé de légers nuages, sans étoiles, le second de quelques étoiles dans un ciel bleu nuit. La tâche de ce couple accompagné de leurs chiens semble celle d’ermites. Je dois dire que je trouve belle la fonction des phares : guider ceux qui, là où ils se trouvent, n’y voient pas clair, pour leur éviter les obstacles et les guider jusqu’à bon port. <br /> La scène présentée dans la deuxième photographe est tout à fait inhabituelle. Dans nos campagnes il serait davantage possible de se trouver nez à nez avec un troupeau de vaches, ou encore pour les lieux plus calmes, de quelques chevreuils, mais des morses ce serait tout bonnement impossible ! En réalité, cette situation est tout à fait dramatique… Je trouve que cette photographie témoigne de l’appel criant que lancent notre terre et ses habitants. Je me redis alors combien aucune parcelle de notre « Maison commune » n’échappe aux conséquences du manque de respect et de soin de beaucoup d’hommes qui exploitent le don qu’est la terre au lieu d’en prendre soin et d’être « discrets dans l’utilisation de la terre » (paroles du Saint-Père François : https://data.over-blog-kiwi.com/1/18/21/38/20240116/ob_278ca1_carnet-de-rome-du-10-au-14-janvier-202.pdf). En voyant cet animal, je me dis une fois de plus combien la créativité de Dieu Créateur est belle, car chaque animal est si différent. Celui-ci est tout à fait original avec ses deux défenses, sa cuirasse ridée, ses moustaches. J’ai lu qu’il était appelé par d’autres noms au début du XIXe siècle : « vache marine », « cheval marin », ou encore « bête à grandes dents », car il avait pour réputation de faire chavirer les petits bateaux au moyen de ses défenses.<br /> Quant à la troisième photographie, c’est surtout le souci (plus que la photographie en elle-même) de la valeur des biens dont elle témoigne que j’ai apprécié. J’ai trouvé beau de penser à l’émerveillement et à la gratitude sûrement, que ces personnes vivant sur les terres de glace et dans le froid dans lesquelles il ne peut rien pousser, pouvaient manifester alors en recevant des fruits frais comme un véritable cadeau. <br /> J’ai trouvé beau le témoignage que donne le météorologue à cette photographe : « Tu as trop d’attentes. Aujourd’hui, tu as vu les brillantes aurores boréales et un phénomène très rare de glace mince recouvrant la mer. N’était-ce pas formidable aussi d’observer les étoiles, ce soir ? Comment peux-tu dire que tout est pareil ? » C’est certain qu’avec l’esprit d’émerveillement rien n’est jamais pareil, et la vie n’en est que plus riche et belle ! En lisant cette citation, je me dis que ce « trop d’attentes » dénonce l’esprit de consommation qui a pour effet, entre autres, de faire passer à côté de beaucoup de choses et de rien recevoir en profondeur.
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M
Merci Christine de partager avec nous ces photographies de Evgenia Arbugaeva, ces lieux et ces conditions de vie me sont totalement étrangers : « contrées, ensevelies sous la glace, où règne une obscurité quasi absolue » et c’est intéressant d’en avoir un tout petit témoignage par ce que tu partages avec nous. Bien que les photos ne me touchent pas spécialement d’un point de vue artistique et ne donnent pas l’impression, je trouve, de ne pas être retravaillées, les sujets sont intéressants. Dans la première je suis frappée par l’immensité de ce phare et par le rôle caché et humble de cet homme et de cette femme. Je trouve beau d’apercevoir ces quelques étoiles dans le ciel. Dans la deuxième comment ne pas être interpellée par ce morse et ses compagnons frappés et désemparés du fait du dérèglement climatique et de ses conséquences dramatiques, sujet brûlant d’actualité, par la faute des hommes. La troisième et ces « pommes, qui furent reçues tel un vrai trésor et délicatement enveloppées dans du papier journal « comme si elles étaient faites de cristal » » m’évoque la nécessité de réaliser tout ce que j’ai et que nous avons chez nous l’immense privilège d’avoir et de pouvoir si facilement consommer, et celle de savoir réaliser, toujours plus, que tout cela n’est pas un dû mais bien une grâce et un cadeau quotidien. Ce qui rejoint il me semble cette rencontre que tu évoques et les mots de cet homme : « Aujourd’hui, tu as vu les brillantes aurores boréales et un phénomène très rare de glace mince recouvrant la mer. N’était-ce pas formidable aussi d’observer les étoiles, ce soir ? Comment peux-tu dire que tout est pareil ? ». Je retiens aussi ce qui est précisé : « dont la beauté ne l’a jamais lassé. ».
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L
Ce qui me frappe dans cette rencontre avec l’Arctique russe est d’abord la réalité de la solitude : celle des gardiens du phare de la péninsule de Kanine, des quelques trois cents dans ce village et Tchoukotka, mais surtout peut être, de ce météorologiste, unique résident de Hodovarikha. Cette réalité de la solitude, perdu dans une vaste étendue, et difficile pour moi à conceptualiser. Cela est à la fois intriguant et attirant, et pousse à un profond respect…<br /> La photo qui me marque est la deuxième, avec la présence de ces milliers de morses échoués à la porte d’une humble hutte. Merci pour tes mots sur cette condition de vie précaire, que l’on pourrait dire « d’un autre âge », rejoins par « le dérèglement climatique de l’âge présent ». Et aussi pour cette phrase : « ces immenses espaces, hors du temps, mais rejoints par les menaces de notre temps ». Cette réalité, si triste, nous remet aussi devant nos responsabilités… Je trouve que le regard du morse en dit long…<br /> Merci de nous rapporter aussi, à travers la dernière photographie, ce noble respect des Hyperboréens pour la création. Cette délicatesse est très touchante (même si, j’ai du mal à ne pas trouver la photo un peu artificielle. Mais c’est un avis personnel).
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F
Merci pour le partage de ces photographies et de ce que tu rapportes de la vie si particulière dans ce désert de glace et de neige. Ce qui me frappe, c’est que contrairement à ma pensée spontanée face à la première photographie, ce bout du monde n’est pas si isolé que cela, et encore moins déconnecté de nous : il est impacté, comme chaque endroit de la planète, même si c’est par des aspects différents, par les dérèglements climatiques, qui sont le drame commun à toute l’humanité. La photographie où l’on voit ces morses, avec ce que tu expliques, est à cet égard très forte. Et pourtant, peut-être du fait de la population extrêmement réduite en cette zone, il semble que le rythme là-bas est moins inhumain, plus proche de la stabilité et la lente respiration de la terre, où les petits changements peuvent être vus dans leur ampleur réelle, comme le souligne cet homme : « Aujourd’hui, tu as vu les brillantes aurores boréales et un phénomène très rare de glace mince recouvrant la mer. N’était-ce pas formidable aussi d’observer les étoiles, ce soir ? Comment peux-tu dire que tout est pareil ? » En ce sens, la dernière photographie est parlante : jamais les pommes n’ont paru si vertes qu’environnées d’autant de blanc ! Sans doute l’absence de couleur, de chaleur, fait-elle d’autant plus ressortir la saveur des choses, en effet. Toutefois je reconnais que pour moi, ce serait une vie bien difficile !
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