Septembre, soir de l'été

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M
Merci beaucoup Jean pour tout ce que tu expliques et que tu éclaires par ton commentaire ! Et surtout pour ce que tu partages avec nous : « Pour ma part, je relie cet « humble fossé » au mystère de l’Incarnation, et je m’agenouille un peu confus, le cœur empli de gratitude… »
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C
Merci profondément pour ta lecture, Jean.<br /> Relire et méditer ces vers à la lumière de ce que tu écris sur le chemin spirituel est d'une immense richesse.
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J
Merci Jean pour ton développement de ta lecture du poème de Jules Breton, spécialement au sujet de sa résistance que tu as reconnue (et d’expliquer ainsi l’expression de « délire sacré » qui m’avait interrogée, comme je l’avais écrit dans mon commentaire). En lisant ce que tu écris de très claire (« Cela fait penser aux personnes qui vivent une irruption du surnaturel, puis s’efforcent de la minimiser en se convaincant qu’elle pourrait avoir des origines naturelles… »), je me suis dit quel dommage (et même quel malheur !) pour ces personnes qui s’empêchent elles-mêmes d’approfondir et de continuer à recevoir les cadeaux que Dieu souhaitait leur faire. Toutefois, comme Frantz l'exprime pour sa part dans son second commentaire, j'accueille aussi pour ma part la leçon qui est donnée.
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J
Merci Jean pour l’éclairage profond de ce poème, à la fois de manière historique, littéraire et spirituelle, dont je n’avais pas vu les « enjeux » ; l’expression du « tiraillement » et le drame de l’amnésie. Merci pour ces mots très profonds : « Pour ma part, je relie cet « humble fossé » au mystère de l’Incarnation, et je m’agenouille un peu confus, le cœur empli de gratitude… »
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F
Merci, Jean, pour le commentaire et l’analyse que tu fais du poème de Jules Breton, qui m’éclaire : j’étais passé complètement à côté de l’évocation du chemin spirituel. J’ai eu de la joie à le relire avec cette clé de lecture, et ai du coup été touché par ce que tu dis sur la signification du « modeste fossé », et ai été frappé que le poète s’adresse à lui : « Pauvre petit fossé qui me troubles si fort ». Merci pour toute la réflexion que tu partages sur ceux qui renient le surnaturel dont ils ont fait l’expérience, « ultime tentative pour repousser les implications nécessaires du surnaturel en question ». Je ne méprise pas cela, parce que je sais que c’est facile de parler « d’amnésie » chez les autres, mais qu’il s’agit d’abord, pour moi, de me remettre en cause sur cela : on peut « oublier » volontairement bien des choses… <br /> Merci pour ce que tu écris sur la curieuse alliance entre peinture réaliste et poésie romantique, ce qui m’aide à mieux saisir le caractère bien différent, dans l’esprit, de ces deux genres, et merci également pour ce que tu rappelles de la visée sociopolitique des peintures réalistes de cette époque, ce qui, là encore, apporte un regard intéressant sur l’œuvre.
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J
Merci pour ce partage.<br /> Du point de vue de l’Histoire de l’Art, curieuse alliance pour un même artiste (et pourtant, elle est loin d’être unique), entre cette peinture réaliste à l’extrême (pinceau techniquement prodigieux, mais dont le trait est pour moi un peu agressif) et cette poésie romantique.<br /> J’aime le projet pictural, notamment de cette fin du XIXe, de célébrer les scènes simples de la nature et du travail (dans l’œuvre de Jules Breton, comme pour plusieurs réalistes, il y a d’ailleurs une visée sociopolitique).<br /> <br /> Concernant le poème, il suggère, selon moi, un chemin spirituel tourmenté qui peine à céder à son accomplissement. <br /> En effet, l’illumination est offerte à Jules Breton, et son témoignage en ce sens est touchant : « c’est l’heure où se fait le miracle, transfiguration qui change tout en or ; et dans mon âme émue, alors, quand je compare l’humilité du site à sa sublimité… je me sens meilleur »<br /> Néanmoins, une part de lui résiste (abjure ?) : « délire sacré » ; « j’entrevois ». On trouve régulièrement l’expression de ce tiraillement, voire dualisme, au XIXe, il me semble ; dans une société encore imprégnée de la sève d’un catholicisme par ailleurs en plein sursaut ; et pourtant déjà gangrenée par le scientisme et l’humanisme paganisé.<br /> Cela fait penser aux personnes qui vivent une irruption du surnaturel, puis s’efforcent de la minimiser en se convaincant qu’elle pourrait avoir des origines naturelles… C’est en général l’ultime tentative pour repousser les implications nécessaires du surnaturel en question. Énigme véritablement dramatique de l’humain orgueilleux et amnésique : « Le cœur de l’homme est compliqué et malade, qui peut le connaître ? » (Bible, Ecc 9, 3). <br /> Pour ma part, je relie cet « humble fossé » au mystère de l’Incarnation, et je m’agenouille un peu confus, le cœur empli de gratitude…<br /> <br /> Pour conclure, je souhaitais relever la si juste évocation de la nourriture qu’est la Beauté pour l’âme ; ainsi que ce que tu écris, Jeanne (merci) : « même le petit rien de la Création contient en fait tout l’amour de Dieu puisqu’il ne fait rien à moitié. Il est entier dans tout ce qu’il est et fait ! »
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M
Merci Christine de partager avec nous ces tableaux et vers de Jules Breton. Dans le premier tableau je suis frappée par la lumière émanant du soleil déjà bien bas, je trouve que quand on le regarde il semble vraiment nous éblouir comme les soleils de septembre que l’on se risque à contempler parce qu’ils sont si beaux et semblent moins terribles mais qui en fait ne se révèlent pas toujours suffisamment cléments pour nos yeux. J’aime voir ces femmes rentrant après une longue journée de labeur, le sac sur les épaules, les outils et la cruche à la main, et à gauche les deux hommes qui prolongent le travail. Dans le second tableau j’ai tout de suite été frappée par la présence de la lune et du soleil (d’une si belle couleur !) et la femme debout, son geste personnellement me fait plutôt penser à quelqu’un qui tout en contemplant s’étirerait le dos, douloureux après des heures accroupie à enlever les mauvaises herbes. Comme ce travail devait être éprouvant pour le corps…<br /> Voici les vers que je retiens particulièrement :<br /> « Et dans mon âme émue, alors, quand je compare<br /> L’humilité du site à sa sublimité,<br /> Un délire sacré de mon esprit s’empare,<br /> Et j’entrevois la main de la divinité. »<br /> Merci aussi pour tes mots en conclusion : « il en est ainsi de chaque saison où peut se vivre, à travers le don de la beauté, l’expérience mystique de la présence du Donateur... »
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J
Merci Christine pour le partage de ton émerveillement. Je te remercie pour tes mots, en particulier pour ce mouvement : « Dans ce déclin, tout s’incline », ainsi qu’au sujet de la chaleur : « desserrent leur étreinte ». Dans le premier tableau, en plus de la lumière sur les chardons en fleur, j’ai aimé la présence des deux bêches et de la cruche d’eau, car combien ce travail est incarné : travailler la terre, de plus sous la chaleur donne soif ! J’ai aimé les deux travailleurs à l’arrière-plan, à gauche, qui profitent encore des derniers instants de jour pour prolonger leur labeur. Concernant le second tableau, je me suis dit que la tâche de ces femmes ne devait pas être facile dans cette posture, et cela semble être méticuleux. J’ai particulièrement aimé le ciel et le soleil rouge. Un proverbe du milieu agricole appris de maraîchers eux-mêmes m’est alors revenu : lorsque le soleil se couche rouge le soir, il y aura du beau temps le lendemain. Je trouve que l’effet rendu du jour tombant est vraiment réussi. La luminosité est spécialement élevée à travers les nuages, tandis que le plan avec les femmes et la terre cultivée est sombre. Dans le poème, j’ai trouvé belle l’image du ciel tamisé par les branches d’arbres. Je ne sais pas si je comprends la mention du « délire sacré » ? J’ai été touchée par la répétition de « Ce n’est rien et c’est tout. », car je me suis redit que, oui, dans l’œuvre créatrice de Dieu même le petit rien de la Création contient en fait tout l’amour de Dieu puisqu’il ne fait rien à moitié. Il est entier dans tout ce qu’il est et fait !
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L
Merci Christine, d’abord pour ta description du mois de septembre, où « tout s’incline », « dans la fraîcheur qui monte de la terre avec des senteurs de fruits trop mûrs ». J’ai aimé, dès le premier regard, cette couleur paisible et attirante des tableaux de Jules Breton, en particulier du premier où les rayons du soleil se distinguent encore. Je suis frappée par le visage grave et fatigué de cette femme rapportant les outils ; et, sur le second tableau, par les dos courbés révélant la pénibilité du travail qui semble demander une telle patience. On perçoit combien le soir et l’heure du repos seront appréciés.<br /> Merci aussi pour les mots de Jules Breton. Ce qui provoque de la crainte, c’est de le voir tout éblouit par cette réalité troublante et magnifique : « Ce n’est rien et c’est tout » ; « Pauvre petit fossé qui me troubles si fort ». Dans le poème j’aime en particulier ces vers et le mystère qu’il évoque : « Aux bords, tout est mystère et douceur infinie. / On y voit s’assoupir quelques fleurs aux tons froids ».
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J
Merci pour ce très beau moment de contemplation poétique, dans le souvenir de ce « soir de l’été », et son incomparable lumière, alors que désormais l’automne est déjà bien avancé. <br /> J’ai aimé découvrir les deux tableaux de Jules Breton, dont j’apprécie particulièrement le style, surtout dans le second, avec la lumière simple et pure qui apaise le champ austère, dans la sobriété poétique du monde paysan. J’admire ces peintres qui savent nous plonger dans le silence recueilli, ici du labeur patient et difficile des sarcleuses. Je trouve qu’un sentiment d’humble dignité est ici dépeint, notamment chez la femme agenouillée, au beau capuchon blanc, au centre du second tableau. <br /> Merci d’ailleurs, en ce sens, pour le très beau paragraphe inspiré, de ta composition : « Dans ce déclin, tout s’incline ; les accablantes touffeurs des jours éblouissants, qui rendaient impossible le repos, desserrent leur étreinte ; et, comme le soir, dans l’oblique des ombres et la pénombre, dans la fraîcheur qui monte de la terre avec des senteurs de fruits trop mûrs, septembre ferme une porte. »<br /> Enfin, je rends grâce pour cette très belle petite fulgurance poétique que j’ai trouvée magnifique dans le poème de Jules Breton : « Et le soleil tombé qui tremble dans les joncs. »<br /> J’ai également été touché par l’ouverture que provoque le « petit fossé » qui « rend meilleur », dans le cœur qui sait se laisser toucher par l’humble Révélation de Dieu.
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F
Merci pour la découverte de ce peintre et poète : je trouve très réussis les effets de lumière dans le ciel, surtout dans le second tableau, avec ce dégradé du bleu délavé au jaune pâle, sachant qu’en peinture, ce n’est pas chose facile étant donné que normalement, le mélange du bleu et du jaune donne du vert, qui n’est heureusement pas présent ici dans le ciel. J’aime aussi le rose très discret des nuages, la lune bien découpée, qui semble faire le pendant à la femme debout, regardant toutes deux vers l’horizon. Dans les deux tableaux, j’apprécie la pénombre qui se mêle aux derniers rayons du soleil : chaque chose a comme deux faces, l’une déjà presque obscure, l’autre toute dorée, comme par exemple le visage et l’épaule de la femme qui tient les pelles. J’ai été moins sensible au poème, même si je le trouve évocateur et que je ne peux que rejoindre ce mouvement vers Dieu : « Et j’entrevois la main de la divinité ». Je dois dire que je trouve bien plus beaux tes mots : « et, comme le soir, dans l’oblique des ombres et la pénombre, dans la fraîcheur qui monte de la terre avec des senteurs de fruits trop mûrs, septembre ferme une porte. »
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