La Madone Sixtine

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Publié dans Dessin et peinture

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C
Je reçois avec effroi cette éventualité que tu soulèves, Jean, d'être nous-mêmes effrayants pour l'Enfant-Jésus que nous regardons; oui, ce petit Visage appelle alors notre urgente conversion...
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M
Merci Jean pour ton très beau et profond commentaire, le regard que tu as porté et partagé avec nous sur cette œuvre. D’avoir relevé les diaphanes auréoles, d’avoir vu dans ces petits personnages les âmes des victimes, et parce que au fond j’ai tout de suite projeté mon idée, pour cette citation de l’Evangile de Marc en l’associant à un rejet de la vocation consacrée de Jésus, de souligner la peur de l’Enfant-Dieu face au péché de l’homme, au mien qui regarde ce tableau, et de parler de l’intercession du martyr saint Sixte. Merci beaucoup pour le regard nouveau et bien plus profond que tu apportes sur ce tableau de Raphaël. Quel Amour, quel Courage de l’Enfant et sa Mère !! Merci de susciter un regard de vérité, de contrition, de conversion.
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J
Merci profondément, Jean, pour ton poignant (au sens strict du terme) commentaire, spécialement ces derniers mots, confondants : « Cette dernière éventualité de la possibilité, si mystérieuse, d’effrayer l’Enfant-Dieu, ne devrait-elle pas assigner tout croyant à la conversion ? Mais la seule conscience de cette éventualité effleure-t-elle seulement la plupart des âmes, qui, sans doute, orgueilleusement, s’en supposent incapables ? ».<br /> Cela remet en face de la gravité du péché, qui n’est pas seulement une chute qu’on fait, mais une blessure qu’on inflige à l’autre, et par-dessus tout à Jésus. Je rends grâce pour cette assignation offerte à la conversion.
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J
Pour ce commentaire qui retourne ma manière de contempler ce tableau et plus largement encore, je te remercie Jean. Merci pour avoir vu la profondeur de la véritable expression de la Vierge Marie et de son Enfant. Je trouve très fort de regarder toutes ces petites têtes alors comme les âmes des victimes. En me souvenant que je ne les avais pas vu de moi-même la toute première fois, je me suis dit qu’ayant subit le mal de la guerre et à présent cachés près de Jésus et de sa Mère, elles voulaient peut-être justement rester bien discrètes des autres regards. « l’abjection de la chair qu’est ce rejet de la vocation consacrée » : où est-il le soi-disant « amour » du « parent » envers son enfant qui, alors qu’il devrait se réjouir pour son enfant, en fait rejette la vocation et va jusqu’à l’assassiner ? Enfin, merci en particulier pour la dernière raison citée qui provoquerait l’effroi. Cette réalité donne de la crainte… Elle pousse à essayer de travailler à moins effrayer, et, en se reconnaissant effrayant, de demander la compassion de cette Sainte Mère et de son Fils Sauveur, afin de leur devenir, grâce à leur aide et à leur pitié, moins effrayant…
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F
Merci, Jean, pour ton commentaire si fort ! Je suis évidemment particulièrement interpellé par la troisième raison que tu suggères à la peur dans les regards de l’Enfant Jésus et de sa Mère : oui, quand on regarde ses fautes en vérité, sans tentative d’excuses, on comprend bien que cela effraie ces deux êtres dont le Cœur pur n’a jamais été entaché par le mal… Comment pourrait-il en être autrement, en fait ? Voilà qui met dans une profonde gratitude pour nos frères et sœurs les saints qui, comme saint Sixte, intercèdent en notre faveur ! En me mettant à nouveau devant ces regards apeurés de Notre-Dame et son Enfant, habité par ce que tu écris, me viennent les mots que saint Pierre adresse à Jésus : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur » (Évangile selon saint Luc, chapitre 5, verset 8). Et pourtant, Dieu fait Homme ne s’éloigne pas de nous, malgré l’horreur que lui cause la vue du mal qui nous habite, et alors me touche d’autant plus, me bouleverse même, le pas de la Sainte Vierge vers nous… Qu’il doit être grand et fort, leur amour pour nous !
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L
Merci Jean pour ton commentaire et de proposer, comme l’une des explications possibles, que l’effroi de la Vierge Marie et de l’Enfant-Jésus viendrait des péchés de celui qui regarde. … Effrayer l’Enfant-Jésus, cela est effrayant…
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J
Merci, Marguerite, pour cette présentation.<br /> L’expression de la Sainte Vierge (que je trouve réussie de visage ; et dont j’aime la vêture, en particulier les fines dorures qui rappellent les diaphanes auréoles) et celle du bel Enfant-Jésus, surtout, m’ont attristé, car le sentiment que je peux y lire, pour ma part, est celui de la peur.<br /> <br /> J’entends bien l’explication du crucifix, mais me vient que cet effroi pourrait être provoqué :<br /> *par l’horreur de la guerre que tu mentionnes dans ton article (je me demande si ceux que tu désignes comme des anges ne seraient pas les âmes des victimes) ; <br /> *par l’abjection de la chair qu’est ce rejet de la vocation consacrée de (l’élégante, oui, même peut-être un peu précieuse ?) sainte Barbe par sa parenté (à l’instar de tant d’autres à la suite du Christ lui-même – cf par exemple Mc 3, 21 –, mais pour elle jusqu’à la torture et l’assassinat) ; <br /> *par le péché de celui qui regarde ce tableau, et pour lequel le bon saint Sixte, pourtant martyr des hommes lui aussi, semble effectivement malgré tout intercéder.<br /> <br /> Cette dernière éventualité de la possibilité, si mystérieuse, d’effrayer l’Enfant-Dieu, ne devrait-elle pas assigner tout croyant à la conversion ? Mais la seule conscience de cette éventualité effleure-t-elle seulement la plupart des âmes, qui, sans doute, orgueilleusement, s’en supposent incapables ?
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L
Merci Christine pour ce que tu exprimes sur la nudité de Jésus et le fait que la Vierge Marie "offre au monde l'Enfant vulnérable". J'avais l'habitude de ces représentations, mais sans faire le lien très beau que tu fais.
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C
Merci, Marguerite, pour ce tableau de Raphaël que tu nous donnes à contempler.<br /> Comme Frantz, je n'en connaissais que les deux anges du bas que je n'aimais pas et trouvais un peu ridicules.<br /> L'ensemble me permet de mieux les apprécier et de comprendre leur posture. Mais je ne comprends toujours pas la présence de Sainte Barbe et de Saint Sixte en lien avec la guerre contre les Français.<br /> Ce que j'aime avant tout dans ce tableau, c'est la beauté de la Vierge Marie, la douceur et la jeunesse de son Visage, et ce souffle qui parcourt sa cape et sa tunique, suggérant l'offrande de son Fils.<br /> Ce qui me frappe aussi, comme dans beaucoup d'autres tableaux de Vierge à l'Enfant, c'est la nudité de l'Enfant Jésus: elle contraste fortement avec le chatoiement des multiples couleurs des vêtements de la Vierge Marie, de Sainte Barbe et de Saint Sixte; il me semble, -et cela expliquerait la gravité de leurs visages-, que Marie offre au monde l'Enfant vulnérable, l’Agneau sans défense , nu comme il sera sur la Croix, dépouillé de ses vêtements, dépouillé de tout. Cela me touche profondément.
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M
Merci Lucie d’évoquer l’auréole de sainte Barbe et saint Sixte, je n’y avais pas prêté attention
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L
Merci Marguerite pour la découverte de cette œuvre et pour toutes les explications que tu apportes autant sur la vie des saints que sur la toile en elle-même.<br /> Merci en particulier pour les éléments de la vie de sainte Barbe. Sa foi et son courage sont tellement admirables !<br /> J’aime beaucoup, comme tu le soulignes aussi, les deux visages de saint Sixte et de sainte Barbe. Presque tout, dans leurs êtres et leurs attitudes, se répondent en miroir : leurs mains en positions contraires, vers l’avant ou vers l’arrière ; leurs regards exactement inversés ; leurs vêtements, lourds et pesants sur les épaules ou légers et tout en mouvement ; et évidemment leurs âges et le fait d’être homme et femme. Même leurs attributs, la tour et la tiare, sont positionnés en miroir. Je ne sais ni si c’est volontaire, ni ce que cela pourrait signifier, mais je trouve que ça donne un beau mouvement à l’œuvre. J’ai aimé aussi deviner leurs deux auréoles, discrètes et presque invisibles, en signe d’humilité peut-être.<br /> Concernant la Vierge Marie, je suis tout à fait en accord avec ce que tu écris : « Je ne trouve pas qu’elle soit particulièrement belle, mais la simplicité et la jeunesse de son visage me touchent ». Son regard grave est assez déconcertant. Quant à l’Enfant-Jésus, je dois bien reconnaître que je ne le trouve pas joli (ni même les cheveux, le visage ou les yeux comme tu l’écris)…<br /> Malgré les explications, je trouve ce contraste assez étonnant entre la beauté des deux martyres et la Vierge-Marie et l’Enfant que je trouve, pour le coup, beaucoup moins beaux… Mais on comprend que ce n’est pas le fruit du hasard : les sainte Barbe et saint Sixte, eux, ne regardent pas vers la Croix.
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J
Merci Marguerite pour ce que tu rapportes au sujet de l’histoire du tableau, du contexte dans lequel il a été réalisé et comment il a été conservé jusqu’à nos jours. Je te remercie aussi parce que je n’avais pas remarqué les nombreuses têtes d’anges à l’arrière-plan. J’ai été impressionnée par l’histoire de sainte Barbe et ce qu’elle a vécu jusqu’au martyr. Je la trouve belle avec sa coiffe soignée. Dans un autre style, j’ai aimé le visage de la jeune Vierge Marie, pur, mur et grave. Je trouve beau son voile avec ses quelques motifs dorés, ainsi que le mouvement du tissu qui gonfle comme une voile se gonfle par le vent pour faire avancer un bateau et son équipage (je n’ai lu qu’après ton commentaire, Frantz, dans lequel tu as commenté la même chose). J’aime bien le profil du vieillard, saint Sixte, avec ses rides au coin de l’œil et son léger sourire qui se devine, du moins je trouve par son regard souriant. Je trouve remarquable sa main qui pointe du doigt parce que je me suis dit que ce doit être vraiment très difficile de représenter une main dans cet angle de vue. J’ai été intéressée d’apprendre l’emplacement du tableau, car je trouve que c’est beau que ce soit établit une forme de dialogue silencieux entre ce tableau d’art sacré et un crucifix. Merci Joseph pour l’idée de regarder les yeux de l’Enfant Jésus ainsi pour y voir la différence.
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J
Merci pour la découverte de ce tableau de Raphaël. J’ai aimé l’attitude du vénérable vieillard, saint Sixte, qui au sommet de l’Église, a tout compris, et se tient à genoux, tête nue devant son Seigneur Enfant. J’ai trouvé très belles les délicates bouches féminines. Mais surtout, j’ai trouvé saisissant ce regard de la jeune Sainte Vierge, qui exprime de manière admirable et très émouvante à la fois l’innocence et la force d’âme de la Mère de Dieu. Il me semble que la douleur est déjà là, oui, avec presque un saint effarouchement devant l’horreur du péché, les sourcils levés, les yeux rougis ; mais sans fuite, au contraire, dans une immense détermination, en gardant le regard fixé sur le terrible objectif qui est aussi une incompréhensible espérance. Le regard de l’Enfant Jésus est très fort pour moi. J’ai essayé de faire un gros plan et de cacher simultanément chaque œil, pour voir qu’ils sont très différents. L’œil gauche m’évoque une sérénité souveraine tandis que l’œil droit m’inspirait plutôt une surprise, un étonnement, mais sans peur.
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F
Merci pour la joie de découvrir ce tableau de Raphaël ! Je n’en connaissais que le détail des deux petits anges en bas… J’ai beaucoup aimé, pour ma part, le visage de la Sainte Vierge, même s’il reste une tentative qui de toute façon ne peut pleinement réussir, étant donné que Notre-Dame est « la Toute belle ». J’aime la pureté de ses traits, son regard à la fois serein et grave. Le regard de l’Enfant Jésus m’a, en revanche, comme choqué. Non qu’il soit laid, même s’il n’est pas non plus très beau, mais on y lit presque de la peur, je trouve, même si l’on ne peut parler d’une frayeur angoissée. Gravité, oui, comme tu le dis. Cela apporte beaucoup, ce que tu rapportes sur l’explication liée à la situation initiale du tableau dans l’église, et ouvre toute une méditation sur le lien entre l’enfance de Jésus et sa mort sur la croix, les deux profondément reliés par l’acceptation par amour pour le Père et par désir de sauver l’humanité. <br /> Je trouve très beau le mouvement du voile de la Vierge, gonflé comme une voile, évoquant le vent, qui est un des symboles de l’Esprit-Saint. Merci d’attirer l’attention sur la multitude d’anges en arrière-plan : je ne suis pas sûr que j’y aurais fait attention, et du coup je n’aurais pas apprécié non plus le pas que la Mère fait vers nous. Je trouve moi aussi sainte Barbe très belle, et ai été admiratif de lire les quelques éléments de sa vie que tu rapportes.<br /> Voilà que les deux anges accoudés au cadre du tableau, avec leur regard pensif, m’apparaissent maintenant bien différemment : ignorant jusqu’ici qu’il s’agissait d’un détail, je pensais qu’ils étaient une allégorie un peu romantique de la rêverie (j’aurais dû chercher à en savoir plus !). Je comprends qu’il n’en est rien. Ils attendent, silencieux, sachant bien que, bien plus que n’auront à souffrir sainte Barbe et saint Sixte, le Fils de Marie, ce petit enfant qui n’est que bonté, versera son Sang sur la croix. Et cela, ce n’est pas une plaisanterie…
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