Le trolley bleu des miséreux

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Publié dans Dessin et peinture

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J
Merci beaucoup Jean pour ton magnifique commentaire sur la ronde de l'intercesseur qui me touche beaucoup, et pour le rappel de cet appel si fort du Saint-Père.
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J
Merci à chacun pour ses commentaires, car ils m'ont aidée à mieux contempler en reprenant cet article. Merci Jean pour ce que tu partages avec nous de si beau sur cet extrait du poème !
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F
Merci, Jean, pour les si belles paroles du Saint-Père François que tu rapportes, et pour ta lecture de cet extrait du poème, si belle !
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L
Merci beaucoup Jean pour ton commentaire, et particulièrement pour ce que tu écris sur le poème et l’intercession.
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M
Merci beaucoup Jean pour ton si beau commentaire sur l’extrait du poème qui t’a touché !
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J
Je te remercie, Christine, pour la découverte de cette période de Picasso, esthétique et saisissante ; me touchent particulièrement le vieillard (comme Lucie, je le trouve dur et beau) et l’aveugle (je me suis immédiatement posé la même question que Marguerite sur l’onde, puis je me suis demandé si ce n’était pas un linge de table).<br /> Cet article suscite des commentaires bien intéressants, merci. Je comprends ce que tu écris, Frantz, sur le froid et la résignation que suggère ce bleu ; il me semble par contre essentiel de distinguer la pauvreté (à faire sienne, avec les saints) de la misère (à combattre, avec les saints). Joseph, je ne sens pas cette distance dont tu parles ; en revanche, je te rejoins concernant ce que tu dis sur le 3è tableau.<br /> Merci, Lucie, pour ton commentaire profond, sur la 3è œuvre, ou encore sur la « transparence » du pauvre ; cela m’évoque une parole du pape François hier : « Je voudrais lancer un défi à nos sociétés, souvent désertes d’humanité et sourdes à la compassion : accueillons le cri de ceux qui souffrent et veillons à ce qu’il soit entendu ! Ne le laissons pas devenir une simple ‘‘information’’ : faisons-lui une place en nous et amplifions-le par notre engagement personnel et concret ! » La prière fait partie de cet engagement concret, oui, Marguerite !<br /> Et c’est ainsi que je lis cet extrait du poème qui m’a touché — « fais ta ronde sur les boulevards pour ramasser tous ceux qui ont fait dans la nuit naufrage » — : la ronde de l’intercesseur qui veille dans la nuit et ramasse dans le bus de sa vocation, de son cœur, ses frères et sœurs souffrants, connus et inconnus.
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M
Merci Christine pour le partage avec nous de ces tableaux de Pablo Picasso et tout ce que tu expliques et décris. Je suis intriguée par le choix de l’artiste de cette couleur bleue pour représenter la misère. Merci pour ce que tu écris personnellement : « La « période bleue » de Picasso me touche beaucoup, car dans ce bleu nocturne et profond se lisent ensemble désespoir et tendresse ». J’ai pensé au paradoxe que peut évoquer cette couleur : le bleu sombre des nuits comme celui du désespoir, de la tristesse, de la peur et le bleu clair du ciel que l’on guette et aperçoit à travers les nuages comme celui de l’espérance et du courage. Alors peut-être que dans ce choix de couleur l’on peut penser que ces situations représentées bien qu’apparaissant terribles et dures sont teintes d’espérance. Peut-être que c’est ce que tu dis par ces mots : « Quelque chose de sacré passe par ces bleus : toutes les nuits, du corps et de l’esprit, traversées par ces déshérités, toute l’obscurité de ces vies anonymes, tous les abîmes intérieurs de ces êtres sans identité, revêtent dans cette couleur une bouleversante noblesse. »<br /> Dans le premier tableau je suis frappée par l’opposition entre les deux visages. Celui du vieux juif émacié, dur, foncé, sur lequel on ne distingue pas du tout les yeux, et celui du jeune garçon plutôt rond, clair, avec de grands yeux ouverts. L’homme ne mange pas et semble avoir donné à l’enfant son vêtement bien trop grand pour ce dernier. Offre t’il tout à ce jeune dans l’espoir qu’il ne connaisse pas ce qu’il a dû lui-même endurer par sa misère ?<br /> Dans le deuxième tableau merci pour que ce tu as relevé : « elle coule aussi sur son visage comme pour étancher une soif intérieure. ». Je me suis demandée si ces reflets bleutés sur la table n’étaient pas de l’eau, celle de la cruche qui aurait été renversée. J’aime beaucoup le visage de cet homme.<br /> Dans le troisième tableau ce sont les postures des adultes et ce qu’elles évoquent, que tu cites, qui me sautent aux yeux. Ainsi que le fait qu’ils regardent tous par terre, y compris l’enfant, « chacun semble tétanisé par son destin : l’horizon infini de la mer et du ciel contrastent cruellement avec la finitude de leur vie sans issue. »<br /> Tu écris que face à tout cela nous ressentons notre impuissance et « l’art, comme la prière, nous ouvre un chemin de compassion et nous aide à l’emprunter humblement et courageusement : l’amour ne connaît pas de défaite... ». Peut-être que c’est ce que tu veux dire, mais je pense à la prière comme moyen d’action bien réel et bien concret et non seulement comme un chemin de compassion dans notre impuissance. Récemment le Pape François disait sur la prière : « C’est pourquoi la prière est l’arme la plus puissante qui soit » (http://jean1314.over-blog.com/2020/05/carnets-de-rome.html : 2 février 2023).<br /> Merci aussi pour le poème de Boulat Okoudjava.
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J
Merci pour la découverte de ces tableaux poignants de Picasso, à travers ce regard bleu qui, ici, m’évoque aussi une certaine froideur, une forme de distance ? En voyant le premier tableau, je suis touché par cette fraternité, au milieu de la misère, qui jamais ne peut ôter toute dignité à l’homme ; au contraire, cela me rappelle qu’il y a encore une misère pire à celle de ces deux compagnons : la solitude. Cette solitude que je trouve criante dans le troisième tableau, ou les deux adultes prostrés dans leur souffrance ne semblent plus faire de place ou voir le petit garçon. Et, bien que comme pour Lucie, les transports en commun m’évoquent plutôt, à l’exemple du métro parisien, la masse indifférente où il n’y a pas de frères mais plutôt des individus isolés, je suis frappé par cette quête de la fraternité, avant tout, dans le poème de Boulat Okoudjava : <br /> « Je sais que dans le froid poignant de la nuit<br /> tes passagers, tes matelots nous prêtent main-forte.<br /> Avec eux, plus d’une fois, j’ai fui le malheur,<br /> j’ai senti leurs épaules contre mes épaules...<br /> Ah ! combien il y a de bonté,<br /> dans leur silence, leur silence. »<br /> Je suis frappé par ce dernier vers, qui me montre une attente que l’attente de ces souffrants n’est pas un déluge de gestes ou de paroles de « réconfort », mais d’abord ces « épaules contre épaules », qui m’évoquent la présence aimante, non pas au-dessus, mais avec, comme le dit Frantz.<br /> Enfin, j’ai aimé la belle dignité de l’aveugle du 2ème tableau, assis à une table propre, avec une assiette et une serviette propres, rasé de près, alors qu’il aurait bien des excuses, plus encore que le vieillard et l’homme au bord de la mer…
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J
Merci pour la découverte de cette période ciblée de Picasso. Je trouve intéressant de connaître les raisons qui ont conduit le peintre à réaliser cette série de toiles. J’ai été interpelée par les nuances choisies de bleus, car visuellement elles ne me ramènent pas spécialement à quelque chose de sombre comme le suggère le sujet des tableaux. Mais je trouve intéressant ce que Frantz écrit sur ce à quoi cette couleur le renvoie. Merci pour ce que tu relèves dans le premier tableau du soutien entre les deux générations. La maigreur du vieillard est encore plus accentuée en comparaison au physique du jeune garçon dont le visage ne semble pas montrer les dégâts physiques causés par la faim. Peut-être justement parce que le vieux lui offre sa part à manger ? Merci Lucie pour ce que tu écris au sujet du premier tableau : « Ils me semblent qu’ils chercheraient presque à se faire oublier, se rendre transparents à nos yeux, en demandant pardon d’être là, d’exister, et d’être si pauvre. Comme s’ils étaient peints presque contre leur gré. » <br /> D’un point de vue du choix des couleurs bleues c’est le troisième tableau que j’ai préféré tout en montrant une réalité de souffrance. L’attitude des deux adultes de se recroqueviller, de fermer les yeux et de cacher leurs mains a attiré mon regard sur l’attitude inverse de l’enfant qui a gardé ses yeux ouverts et se tient encore plus ou moins droit. Il semble chercher à réconforter le vieux monsieur en posant sa main sur sa cuisse, mais l’expression de son visage traduit tout de même de la souffrance. Je retiens particulièrement dans le poème présenté la première strophe avec le choix fait avec la conscience de l’impuissance « à vaincre le malheur », à prendre le contre-pied en agissant d’une manière ou d’une autre, à notre place.
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F
Merci pour la découverte de ces trois tableaux de Picasso. Je trouve extrêmement fort le choix (l’inspiration) d’évoquer la misère avec ces tons bleus qui, immédiatement, me renvoient à deux choses : la première, bien concrète, est la sensation de froid, qui est manifeste aussi par l’attitude des personnages dans le troisième tableau. Je pense alors à toutes ces personnes, de plus en plus nombreuses, qui en viennent à choisir entre se nourrir et se chauffer… Ce bleu intense me renvoie également à l’absence de désir, que j’associe aux couleurs chaudes : peut-être que je me trompe, mais il me semble que ceux qui sont ici représentés se sont résignés à leur malheur, ils n’attendent plus de changement. C’est ce que je trouve le plus terrible, et qui rend ces tableaux assez difficiles à regarder, je trouve. C’est dur, mais nécessaire, car on ne peut pas rester indifférent à la pauvreté, et pour ma part ces œuvres suscitent en moi une certaine honte d’être si peu compatissant – réellement et concrètement compatissant – à mes frères pauvres. Me touche alors beaucoup ces vers de Boulat Okoudjava : « Je sais que dans le froid poignant de la nuit / tes passagers, tes matelots nous prêtent main-forte. / Avec eux, plus d’une fois, j’ai fui le malheur ». Je me dis en lisant cela que la véritable fraternité n’est possible qu’entre pauvres, et que ce n’est pas qu’une question de pauvreté matérielle, mais aussi morale, spirituelle. Et je repense à saint Vincent de Paul, et à tant de saints, qui ont choisi pour cela de vivre « pauvre parmi les pauvres ».
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L
Merci Christine pour la découverte de ces œuvres de Picasso (que personnellement j’apprécie plus que le cubisme pour lequel il est si connu). Je suis frappée par ce que tu soulignes sur le rôle du bleu qui lie désespoir, tendresse et noblesse. Il y a quelque chose de très fort dans ce cri silencieux. <br /> Je suis interpellée par les attitudes simples et humbles des protagonistes. Ils me semblent qu’ils chercheraient presque à se faire oublier, se rendre transparents à nos yeux, en demandant pardon d’être là, d’exister, et d’être si pauvre. Comme s’ils étaient peints presque contre leur gré. Je trouve étrange cette impression que me laisse ces œuvres puisque l’artiste vient justement dénoncer une réalité extrême et insupportable ; mais je me dis que tous ces pauvres ont peut être tellement l’habitude d’être transparents aux yeux de leurs contemporains que ce dédain des autres les marque dans leurs êtres et se rend visible.<br /> Le visage du vieil homme juif m’a particulièrement frappée. Il est à la fois dur et très beau je trouve. Ses trais sont marqués mais expriment une forme de douceur. Il y a de la violence dans la réalité vécue par cet homme, mais pas dans son cœur, et cela se perçoit.<br /> Le mot « emmurés » que tu as choisi exprime très bien ce qui me frappe le plus dans la troisième œuvre. La présence de la mer, comme témoin de souffrances de ces pauvres, me fait penser aussi au deuil. Peut-être leur pauvreté est-elle multiple…<br /> Merci pour le poème partagé. Je retiens surtout la présence d’une fraternité silencieuse dans le Trolley. Comme pour moi les transports en commun riment plutôt avec « indifférence » j’ai été surprise par ce vers que je trouve beau : « J’ai senti leurs épaules contre mes épaules... / Ah ! combien il y a de bonté, / dans leur silence, leur silence. »
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