Le présent de l'avenir

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Publié dans Dessin et peinture

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J
Ce qui me touche le plus dans cet article, c’est la phrase de saint Augustin, dans la concision de laquelle resplendit toute la justesse d’une vie mystique et théologique parvenue aux sommets. J’aime aussi beaucoup tes expressions : « son immobilité n’est pas immobilisme, elle est désir sans anxiété, prodigieux voyage d’espérance » ; « le temps vif et sentinelle » ; « plus la longueur de l’attente est indéterminée, plus elle est de temps pur ». Tout cela renvoie dans les cordes l’ignoble rapport au temps du sujet contemporain, qui le fuit par impuissance ; ne lui reste alors plus que l’illusion de le « tuer ». Tuer, c’est décidément une manie de l’être humain. Il est vrai qu’il peut lui-même tuer son éternité…<br /> Je rejoins également la belle pensée de Marguerite sur la Création, et ce qu’écrit Lucie : « Cela n’a rien à voir avec l’attente angoissante de quelque chose qui peut-être n’adviendra jamais, l’attente remplie de doute, de confusion. Dans l’attitude du psalmiste, de saint Syméon et de la Vierge Marie, il y a la présence d’une foi vive et vraie qui donne une grande paix. La paix de la certitude que l’attente ne sera pas déçue ! Que cela est beau et désirable ! »<br /> Quant aux tableaux qui servent d’illustration au propos, je dois dire qu’ils ne m’ont guère touché ; je n’y discerne d’ailleurs pas comme vous de paix, ou toute autre chose spirituelle. Le deuxième est sans doute le plus évocateur du thème (d’où son titre) d’un point de vue psychologique. Le premier me semble plutôt léger — je note, non sans un étonnement certain, le plébiscite de la splendeur de son modèle (« très beau visage », « élégance », « belle femme », « l’élégance de cette jeune femme charmante et les traits fins de son visage »…), splendeur que je ne sais, pour ma plus grande confusion, discerner. Dans le troisième, j’observe le dos tourné à la fenêtre, et reste indécis sur le sens à lui donner : celui de Christine comme celui de Frantz se défendent… ce qui les invalide éventuellement tous deux. Mais peut-être, là encore, manqué-je d’élévation… ? <br /> Pardonnez mon espièglerie.
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M
Merci Christine pour ces trois tableaux que je découvre et pour tout ce que tu écris sur l’Attente, particulièrement ces mots : <br /> « l’Attente contemple ce qu’elle espère ».<br /> « Plus la longueur de l’attente est indéterminée, plus elle est de temps pur », ainsi que le lien avec l’attente de saint Syméon.<br /> J’aime beaucoup les femmes des deux premiers tableaux, le très beau visage de la première et les vêtements de la deuxième. Elles dégagent toutes deux je trouve une certaine élégance. Il me semble que dans ces deux tableaux l’attente touche à sa fin. Dans le tableau de Gustave Léonard de Jonghe, elle paraît tout à fait prête à partir. Dans le deuxième tableau elle est arrachée à sa lecture, la jambe et le bras droits semblent indiquer comme un mouvement pour se lever.<br /> Le tableau de Modigliani me paraît plus mélancolique.<br /> Face à cette réalité : « Dans notre monde si fébrile où l’immédiateté et l’impatience sont reines, l’attente n’existe plus, ou, si, par malheur, elle s’impose, elle devient importune et même insupportable. » Je pense à la miséricorde pour l’homme qu’est la Création qui continue inlassablement à manifester à l’homme les bienfaits et la nécessité de l’attente. L’attente d’une rose qui sa s’ouvrir, l’attente de la naissance d’un enfant.<br /> Merci pour cette phrase : « Résonne alors dans une intériorité retrouvée ce cri d’amour qui peut remplir toute une vie : « Mon âme attend le Seigneur, plus qu’un veilleur n’attend l’aurore » (Psaume 129). »<br /> Comme Joseph ton partage m’a fait penser au poème « Attente » de Léo Pastór que j’aime aussi énormément.
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J
Merci Joseph de rappeler l'étymologie du mot attente
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F
Merci pour cette belle méditation, grâce au parcours le long de ces trois œuvres, sur l’Attente. J’ai été particulièrement frappé par la présence que tu relèves, dans les trois cas, de la fenêtre, comme signe de ce qui est attendu ou devrait l’être. En ce sens, je trouve que ces trois tableaux donnent une leçon différente sur l’attente. Dans le premier, je trouve que se dégage, avec la paix dont tu parles, une sorte de désir, manifesté par le regard plongeant de l’autre côté de la fenêtre, qui suggère que cette femme est prête à aller vers l’objet de son attente. Le fait qu’elle soit debout, et que la chaise ici ne serve qu’à déposer ce qui semble être les vêtements d’intérieurs, dont elle n’a plus besoin, me frappe. Dans le deuxième tableau, mon regard est beaucoup attiré vers la main posée sur le livre, dans la lumière du jour qui illumine également ces beaux arbres. Il s’en dégage, je trouve quelque chose de très contemplatif, et je vois dans le geste de cette belle jeune femme une tension, quoique paisible, un éveil constant qui l’empêche de perdre de vue intérieure l’objet de son attente. Et je trouve très belle cette main et ce livre dirigés vers l’extérieur tout en étant sur le seuil. En revanche, la femme du troisième tableau m’inspire plutôt une forme d’ennui et d’acédie. Je me trompe peut-être complètement, et ce que tu écris me semble aussi cohérent, mais je trouve malgré tout que dans ce visage penché, ces yeux vagues posés sur nous, et surtout le dos tourné à la fenêtre comme si cette femme ne voulait pas voir ou qu’elle avait oublié ce qui se trouve au-delà, je trouve donc qu’il y a là plutôt une absence d’attente, contrairement aux deux autres femmes. Quoi qu’il en soit, merci pour la fin de ton article avec ce verset du Psaume 129ème, qui exprime de manière si belle l’ultime attente, celle de voir Dieu, de le connaître, d’être en communion avec Lui !
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J
Merci pour cette belle méditation sur l’Attente, à travers l’expression de saint Augustin, que j’ai trouvée très belle, et à travers ces trois tableaux. J’ai particulièrement aimé le premier, avec l’expression de joie paisible, de sérénité de cette belle femme, dans une forme de simplicité en son attente. Elle attend de pouvoir sortir sans doute, mais sans aucune précipitation ou impatience. Elle semble accueillir profondément le réel qui lui est donné, non pas comme une contrariété de son projet, mais comme un don. J’ai aussi aimé ces six mains paisibles, la fenêtre ouverte du deuxième tableau et l’expression du regard du dernier. Dans les trois cas, je suis frappé par le fait que ces femmes regardent soit au dehors soit l’autre, mais non pas elles-mêmes, et elles ne cherchent pas, comme tu l’écris, à ‘‘combler’’ cet espace du temps ; elles sont plutôt présence à lui. J’aime beaucoup le mot d’attente, et son étymologie : « être tendu vers ». Merci pour la référence au si beau poème « Le temps du Samedi Saint ». Je renvoie également au poème « Attente » du même auteur, dans Une vertu chaque jour (cf. http://www.qja.fr/2020/10/une-vertu-chaque-jour.html) que j’aime énormément.
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J
Merci Christine. J’ai aimé dans le tableau de Gustave Léonard de Jonghe l’expression d’une forme de tension positive. L’attente de la jeune femme demande à la fois un certain calme pour bien scruter ce qu’elle espère apercevoir enfin, et un éveil auquel ce parapluie qu’elle tient bien en main me fait penser. Me reviennent alors les paroles du Saint-Père François de ce 15 avril (http://jean1314.over-blog.com/2020/05/carnets-de-rome.html) : « L’espérance est une tension vers le Ciel. L’espérance ne déçoit jamais, mais elle fait attendre. ». J’ai aimé l’élégance de cette jeune femme charmante et les traits fins de son visage, la tenue de l’époque et la façon dont ses cheveux sont attachés. Ce que j’ai aimé dans le tableau de Jean-Pierre Laurens est l’arbre que l’on voit par la fenêtre ouverte et la main de la jeune femme posée sur la pierre qui là encore est prête à donner l’impulsion pour se lever. J’aime moins le visage de la jeune femme. Quant au tableau de Amedeo Modigliani, l’attente de cette femme m’a semblé prendre une forme de mélancolie et de désespoir avec son regard un peu perdu dans le vague. Mais je retiens ce que tu écris sur son attente qui semble plus intérieure. J’ai aimé ton commentaire sur le détail de leurs vêtements : « Enfin, ces trois femmes sont habillées de noir, comme en un petit deuil contemplatif non pas de ce qui n’est plus, mais de ce qui n’est pas encore et qui va venir... »
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L
Merci Christine de partager avec nous ta méditation. J’ai aimé en particulier les deux premières œuvres, avec la finesse des traits : des visages, des mains et de la forme des corps. Merci pour les similitudes que tu as observé notamment sur la présence de la fenêtre et des vêtements noirs. Comme en contraste, je trouve qu’il y a à chaque fois également beaucoup de lumière. Sur le premier par la fenêtre, sur le visage et les châles colorés. Sur les deux autres, la lumière enveloppe même entièrement la femme.<br /> Merci pour la référence au psaume 129 et à saint Syméon. Ce qui est beau dans cette attente, c’est la certitude que l’espérance ne sera pas déçue. C’est une attente pleine de confiance. Cela n’a rien à voir avec l’attente angoissante de quelque chose qui peut être n’adviendra jamais, l’attente remplie de doute, de confusion. Dans l’attitude du psalmiste, de saint Syméon et de la Vierge Marie, il y a la présence d’une foi vive et vraie qui donne une grande paix. La paix de la certitude que l’attente ne sera pas déçue ! Que cela est beau et désirable !
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