Le dernier bouc émissaire

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Publié dans Dessin et peinture

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J
Merci, Joseph, pour cet article. Je me souviens avoir étudié en Histoire « Le bouc émissaire » de René Girard. C’est une réalité très choquante…<br /> Je trouve ce tableau magnifique, le réalisme est admirable. Indépendamment de la symbolique mystique de l’agneau, on voit bien que c’est en fait un jeune bélier qui est représenté, et pour cause, c’est bien ce que dit la Bible en Exode 12,5 ; sachant que selon la nomenclature, l’agneau cesse de l’être à un an ; on comprendrait d’ailleurs mal que l’abattage d’un tout-petit soit encouragé !<br /> Par contre, je ne parviens pas vraiment à discerner sur sa face la paix dont vous parlez tous. Son expression me semble plutôt triste, presque hébétée, et d’ailleurs cette scène est réellement tragique : l’animal est seul, abandonné.
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M
Merci Joseph pour le partage de cette œuvre de Zurbarán et pour tout ce que tu écris.<br /> J’aime beaucoup dans le tableau cette lumière de pénombre, particulièrement sur la photo que toi tu mets dans ton article, ainsi que les différences de nuances du poil de ce bélier. En le regardant les mots qui me viennent sont calme et attente.<br /> Dans l’extrait que tu partages ce sont ces mots que je retiens particulièrement :<br /> « Ainsi, le christianisme est la seule religion qui dévoile la violence qui est au cœur des rapports humains et dénonce l’unanimité mensongère qui se fonde sur elle »<br /> « le christianisme nous prive de cette “béquille sacrificielle” qui nous pousse à reporter sur le bouc émissaire le poids de notre propre violence : l’homme est replacé en face de ses responsabilités propres… ». Me frappe cette opposition entre le mensonge que s’inflige l’homme à lui-même en niant cette violence dans son cœur, et la liberté que procure le christianisme en permettant à l’homme de voir les choses en face et considérer ce qu’il est réellement pour justement se corriger et refuser cette attitude morbide pour lui et pour les autres. Et puis ces mots : « l’homme est replacé en face de ses responsabilités propres… », face quand même à ce que tu expliques de ce qui était vécu derrière cette tradition du bouc émissaire.
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J
Merci Joseph pour le sujet de ton article partagé avec nous. Le dépouillement que tu relèves du tableau m’a aidée à me centrer sur l’unique sujet de contemplation, l’Agnus Dei. Déjà esthétiquement, l’agneau est magnifiquement représenté. Je me suis particulièrement arrêtée sur la tête de l’animal. Tout illustre l’offrande de soi : la tête et le cou sont tendus vers l’extérieur et non pas recroquevillés ; les cornes sont toujours là, mais l’animal ne les utilise pas. Je pense alors à la parole du Christ lors de sa Passion. Lui qui choisit de ne pas faire appel à la force des armes, car sa véritable royauté vient du Ciel, eut pour réponse : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » (Evangile selon saint Jean, chapitre 18, verset 36). Contempler ce tableau en voyant les sabots liés comme l’Amour en la Personne du Christ s’est laissé lier, conduit au silence. Merci pour l’extrait que tu cites et spécialement pour ces deux passages qui souligne de manière claire combien le christianisme libère l’homme. « Il brise la chaîne de la violence, au prix fort bien sûr. » « ; le christianisme nous prive de cette “béquille sacrificielle” qui nous pousse à reporter sur le bouc émissaire le poids de notre propre violence : l’homme est replacé en face de ses responsabilités propres… ».
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C
Merci Joseph; je suis moi aussi très bouleversée par ce tableau de Zurbaràn.<br /> Jésus est l'Agneau; et cet agneau est sans défaut...: cette peinture nous l'offre si bien! Admirable pinceau qui, en ses moindres détails (merci de nous permettre de l'admirer en plus grand) met sous nos yeux la beauté très spécifique de la laine, les longs poils plus doux et les flocons plus rêches, les cils si fins, la pointe claire des oreilles et les petits sabots un peu luisants. Aucune violence dans ce tableau: même la ligature des pattes semble douce et les pattes arrière bien sagement ramenées entre les pattes avant évoquent la docilité d'un animal qui ne s'est pas débattu.<br /> Et pourtant...quelle violence dans la Passion du Christ! Quelle inhumanité! <br /> Ce tableau et toutes les citations de la Bible que tu nous donnes, Joseph, nous permettent d'entrer dans ce Mystère: la blancheur, la douceur et la paix de cet Agneau ne peuvent s'expliquer que parce qu'Il s'est livré.<br /> L' offrande du Christ qui s'est laissé lier en silence, dans un consentement parfait, par pur Amour, renverse la violence pour toujours.<br /> Merci de nous rappeler cette voie divine inouïe: l'amour des ennemis.<br /> Puisse l'Agneau nous l'enseigner et nous apprendre à la vivre...
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F
Merci pour la découverte de ce tableau magnifique ! A la fois d’une sobriété déroutante et d’une densité qui attire nos regards dans la contemplation du mystère de « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (verset que tu cites dans ton article). La solitude de ce bélier me frappe : le tondeur, l’égorgeur, le boucher… aucun ne sont présents. Seule la fine cordelette laissant le bélier dans cette position terrible nous indique une intervention extérieure. Qui l’a donc lié ? C’est tout le paradoxe que tu soulèves : c’est bien chacun de nous qui avons ligoté l’Agneau de Dieu et qui l’avons mis à mort, et en même temps cet Agneau donne sa vie de son plein gré. L’attitude d’abandon docile qui illumine ce tableau me bouleverse. Il n’y a que Dieu qui puisse agir ainsi ! Je trouve que cette œuvre ouvre un abîme de contemplation…<br /> D’un point de vue technique, je suis profondément admiratif de la capacité du peintre (mais quel travail doit-il y avoir derrière !) à rendre la texture si caractéristique de la laine d’ovins, les lumières et les ombres, l’expression de paix si évidente sur le visage de l’animal, le tout avec une palette de coloris extrêmement minimaliste. C’est prodigieux, tout en dégageant une simplicité et une pureté incroyables. Personnellement, cela me renvoie immédiatement au Christ crucifié de Velázquez, partagé sur Que J’éveille l’Aurore (http://www.qja.fr/2020/04/d-un-bras-a-l-autre-s-ouvre-sans-traitrise.html).
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L
Merci Joseph pour ton partage, bouleversant. J’ai été vivement interpellée par l’article par lequel tu conclus, en particulier par ces quelques mots : « dévoile », « unanimité mensongère », « rivalité ». Ce qui me frappe alors est que la violence dont il est question ici n’est pas celle des autres, ni la grande violence qui fait la une des médias. Il s’agit de cette violence intérieure que l’on refuse bien souvent de reconnaître parce que nous sommes trop orgueilleux pour cela. La phrase finale est très claire en ce sens : « le christianisme nous prive de cette “béquille sacrificielle” qui nous pousse à reporter sur le bouc émissaire le poids de notre propre violence : l’homme est replacé en face de ses responsabilités propres… ». C’est ainsi qu’est mis à découvert le mensonge, tellement entendu, qu’il suffirait, dans la foi chrétienne, de se tourner vers Dieu juste avant de mourir pour être sauvé. Non ! La foi, le Christ nous place devant la réalité de notre violence intérieure et nous laisse libre de choisir entre l’accueil de son Amour (qui nous pardonne et nous aide à changer si nous le Lui demandons avec humilité et engagement fidèle) et l’entêtement dans l’égoïsme et l’indifférence. Cela me renvoie à l’article juste précédent : « Âme damnée, âme sauvée » (http://www.qja.fr/2021/12/ame-damnee-ame-sauvee.html). <br /> Dans le même sens, je suis bouleversée par la face, le visage de cet agneau. Il est tellement paisible, qu’un sourire semble même se dessiner. Le regard, lui aussi, est paisible. Il semble près à s’endormir, regardant avec une grande sérénité ce qui adviendra de lui. Cette paix du Christ qui nous donne son Amour, qu’il soit reçu ou non, forme un contraste tellement saisissant avec ces quatre pattes violemment liées entre elles. Il me semble que c’est ce contraste qui « dévoile » et « dénonce » la réalité de la violence humaine. … Merci pour cette œuvre magnifique partagée avec nous !
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