Le pistolet ou la Croix

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J
Merci Jean pour ton commentaire, spécialement ce que tu dis sur l’émulation créative et spirituelle, dans l’esprit de disciple. En ce sens, il faut absolument citer une autre influence déterminante dans la conversion de Huysmans : son amitié avec l’Abbé Mugnier (1853-1944), « confesseur du Tout-Paris », haute figure de la vie littéraire de son époque, dans laquelle il a rayonné par sa foi. Par exemple, il fut un grand soutien spirituel pour Marie Noël qui l’appelait le « bon pasteur ». Je suis moi aussi touché par cette émulation qui caractérise spécialement cette période littéraire. Merci pour le lien vers l’article très intéressant sur Baudelaire, qui montre bien le combat intérieur du poète, et qui rappelle qu'on ne peut jamais réduire quelqu’un à l’un des aspects de sa vie.
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F
Merci beaucoup, Jean, pour ton commentaire, et pour l’article sur Baudelaire.
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J
En écho au commentaire de Christine, je rends grâce pour les œuvres d’art comme celles-ci qui arrachent à la vision aseptisée sur le Crucifié et mettent devant la vérité qu’est l’Amour et ce qu’il a coûté. Merci Jean pour le lien sur Baudelaire. Je trouve que c’est interpelant de voir combien une image de damnation peut être plaquée sur une personne et par la personne elle-même. C’est fort de penser que Baudelaire a traduit notamment dans « Mon coeur mis à nu », relevé dans l’article, son espérance la plus profonde, en la scellant en quelque sorte par les mots, un peu comme un mémorial. J’ai du mal à comprendre la vision de l’amour décrite selon laquelle aimer signifierait rejeter ?
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M
Merci beaucoup Jean pour le lien vers cet article sur la foi de Baudelaire, c'est très intéressant !
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L
Merci Jean pour ton commentaire, et notamment pour le lien avec l'article sur la foi de Baudelaire, que je trouve très poignant. J'ai trouvé cette phrase très belle : "Il demande en particulier à Dieu « la force nécessaire pour accomplir tous [ses] devoirs et d’octroyer à [sa] mère une vie assez longue pour jouir de [sa] transformation », qui le verrait se rapprocher de ce Dieu qu’il aime au fond."
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J
Merci, Joseph, pour ce si bel article qui, évidemment, appelle plutôt au silence du point de vue personnel et spirituel. <br /> Pas moins d’une heure de méditation, cela s’impose. Ce qui m’a le plus bouleversé est la peinture des pieds, que ce soit par le pinceau ou la plume. On est effectivement (et heureusement) aux antipodes du portrait si cruellement vrai d’une foi romantique en un « bellâtre bien portant, joli garçon aux mèches rousses, à la barbe divisée, aux traits chevalins et fades ».<br /> Du point de vue du lecteur et de l’écrivain, cela confirme une fois de plus ma vénération pour la grande école réaliste (avec ses subdivisions) française de la seconde moitié du XIXe, auquel j’ai toujours accordé ce que Huysmans dit si bien de Grünewald : « l’art acculé, sommé de rendre l’invisible et le tangible ». Quel pouvoir par exemple dans ces mots : « Il frissonna dans son fauteuil et ferma presque douloureusement les yeux. Avec une extraordinaire lucidité, il revoyait ce tableau, là, devant lui, maintenant qu’il l’évoquait ; et ce cri d’admiration qu’il avait poussé, en entrant dans la petite salle du Musée de Cassel, il le hurlait mentalement encore, alors que, dans sa chambre, le Christ se dressait, formidable, sur sa croix, dont le tronc était traversé, en guise de bras, par une branche d’arbre mal écorcée qui se courbait, ainsi qu’un arc sous le poids du corps. Cette branche semblait prête à se redresser et à lancer par pitié, loin de ce terroir d’outrages et de crimes, cette pauvre chair que maintenaient, vers le sol, les énormes clous qui trouaient les pieds. »<br /> Ce qui me touche également à cette époque est l’émulation créative mais aussi spirituelle entre les artistes, hélas aujourd’hui remplacée par une féroce compétition de médiocrité. Mais il est vrai que c’était au temps où l’on pouvait encore se vanter d’être disciple de quelqu’un sans déchoir ou éveiller les soupçons. <br /> Je m’émerveille ainsi devant le rôle, certes pas petit, qu’a joué Barbey d’Aurevilly (sans parler de Notre-Dame de la Salette) dans la conversion de Huysmans et aussi de Baudelaire, sur la foi duquel je suis allé me renseigner un peu plus : https://fr.aleteia.org/2017/08/31/charles-baudelaire-ou-la-foi-revoltee/<br /> Merci, Joseph.
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C
Merci Joseph.<br /> Je n'avais jamais rien lu d'aussi violent sur Notre Seigneur crucifié...<br /> Seul le film"La Passion du Christ" de Mel Gibson m'avait bouleversée à ce point;<br /> "Fissure dans mon incrédulité"? non, je crois au Christ mort et ressuscité pour chacun de nous; mais fissure dans ma vision aseptisée, abstraite, idéalisée de ce que Jésus a enduré pour nous.<br /> La puissance de la plume et de l'âme naturalistes (si je peux dire) de Huysmans, par le déferlement de mots et d'images, m'étreint et me jette face à une réalité d'une violence inouïe et d'un amour infini.<br /> Et je repense à ces mots de Kafka: "un livre doit être la hache pour la mer gelée en nous"<br /> Merci pour la hache de Huysmans, la hache de Grünewald, la hache de cet article.
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L
Merci Joseph, pour ce partage qui laisse sans voix. Sans voix devant l’œuvre picturale, sans voix devant le texte magnifique d’Huysmans. Difficile d’oser apporter un commentaire devant de telles œuvres, et devant l’extraordinaire réalité de cette conversion !<br /> Je trouve très belle ton introduction et cet ultimatum qui lui aussi eu peut être une petite place discrète dans le chemin bien tortueux menant l’auteur à Dieu. <br /> Je suis évidemment bouleversée par les regards crus et vrais que ces deux artistes posent sur la Croix, sur « ce Rédempteur de vadrouille, ce Dieu de morgue », et par cette lumière imperceptible qu’ils en révèlent : « De cette tête ulcérée filtraient des lueurs ; une expression surhumaine illuminait l’effervescence des chairs, l’éclampsie des traits » ; « de manifester l’immondice éplorée du corps, de sublimer la détresse infinie de l’âme ».<br /> Ce que, ce soir, je trouve particulièrement stupéfiant est la réalité qu’Huysmans décrit ainsi : « Par une dernière humilité sans doute, il avait supporté que la Passion ne dépassât point l’envergure permise aux sens ; et, obéissant à d’incompréhensibles ordres, il avait accepté que sa Divinité fût comme interrompue depuis les soufflets et les coups de verges, les insultes et les crachats, depuis toutes ces maraudes de la souffrance, jusqu’aux effroyables douleurs d’une agonie sans fin. »
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M
Joseph merci ! Merci pour la découverte du témoignage de la conversion de cet homme par ce que tu nous en rapporte, et pour la découverte de cette œuvre bouleversante.<br /> Ce commentaire de Huysmans est profondément magnifique et extraordinaire ! Merci pour cette contemplation sur laquelle il faudra que je revienne.<br /> Je ne vais évidemment surtout pas commenter quoi que ce soit, mais j’aimerais extraire les mots de cet artiste que j’ai trouvé les plus beaux à cette lecture et qui renvoient aussi à ce qui m’a le plus touchée du tableau, concernant le Crucifié :<br /> « Cette branche semblait prête à se redresser et à lancer par pitié, loin de ce terroir d’outrages et de crimes, cette pauvre chair que maintenaient, vers le sol, les énormes clous qui trouaient les pieds. »<br /> « L’aisselle éclamée craquait ; les mains grandes ouvertes brandissaient des doigts hagards qui bénissaient quand même, dans un geste confus de prières et de reproches »<br /> « Ces pieds spongieux et caillés étaient horribles ; la chair bourgeonnait, remontait sur la tête du clou et leurs doigts crispés contredisaient le geste implorant des mains, maudissaient, griffaient presque, avec la corne bleue de leurs ongles, l’ocre du sol, chargé de fer, pareil aux terres empourprées de la Thuringe. »<br /> « où frissonnait encore un regard de douleur et d’effroi »<br /> « tandis que la bouche descellée riait avec sa mâchoire contractée par des secousses tétaniques, atroces. »<br /> « C’était le Christ des pauvres, celui qui s’était assimilé aux plus misérables de ceux qu’il venait racheter, aux disgraciés et aux mendiants, à tous ceux sur la laideur ou l’indigence desquels s’acharne la lâcheté de l’homme ; et c’était aussi le plus humain des Christs, un Christ à la chair triste et faible, abandonné par le Père qui n’était intervenu que lorsqu’aucune douleur nouvelle n’était possible, le Christ assisté seulement de sa Mère qu’il avait dû, ainsi que tous ceux que l’on torture, appeler dans des cris d’enfant, de sa Mère »<br /> « jamais peintre n’avait brassé de la sorte le charnier divin et si brutalement trempé son pinceau dans les plaques des humeurs et dans les godets sanguinolents des trous »<br /> Et puis il y a ce regard illuminé ! :<br /> « Cette charogne éployée était celle d’un Dieu, et, sans auréole, sans nimbe, dans le simple accoutrement de cette couronne ébouriffée, semée de grains rouges par des points de sang, Jésus apparaissait, dans sa céleste Superessence »
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J
Je te rejoins tout à fait Frantz sur ton commentaire sur le naturalisme éclairé. En ce sens, je tiens à préciser que je ne partage pas la vision de Pellerin citée : « on nage en pleine boue naturaliste ». Peut-être que certains romanciers de ce courant se sont complus dans une forme de noirceur, mais c’est bien une vision de romantique que de ne pas reconnaître la profondeur du regard de ce mouvement sur la nature humaine. C’est dans le réel, le réalisme, qu’est venu le Christ.
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F
Merci pour cet article qu’il est bien difficile de commenter… Face à une telle œuvre picturale commentée de la sorte par cet homme, le silence s’impose ! C’est donc ce que j’ai fait : de longues minutes silencieuses à contempler ce « Christ vulgaire, laid, parce qu’il assuma toute la somme des péchés et qu’il revêtit, par humilité, les formes les plus abjectes », et à laisser résonner en moi les mots de Huysmans. Sans doute la fin de son commentaire résume-t-il ce qui me marque le plus : « Jamais peintre n’avait si magnifiquement exalté l’altitude et si résolument bondi de la cime de l’âme dans l’orbe éperdu d’un ciel. Il était allé aux deux extrêmes et il avait, d’une triomphale ordure, extrait les menthes les plus fines des dilections, les essences les plus acérées des pleurs. Dans cette toile, se révélait le chef-d’œuvre de l’art acculé, sommé de rendre l’invisible et le tangible, de manifester l’immondice éplorée du corps, de sublimer la détresse infinie de l’âme. » Je crois que je n’avais en effet jamais contemplé une œuvre qui manifeste à ce point les deux extrêmes, et même les deux opposés, que le Christ a unis en Lui sur la Croix : l’horreur glacée de la Mort, de l’Humanité contaminée et comme condamnée par la Haine, et l’ultime victoire de l’Amour en son abaissement le plus lumineux et le plus doux. Quel Dieu nous avons ! Face à ce « charnier divin », je ne vois pas comment on peut encore avancer que la foi aurait été inventée par l’homme. Ce que le Christ nous révèle, là, sur la croix, est bien au-delà de tout ce que nous aurions pu imaginer ou espérer ! Qui aurait pu inventer un Dieu capable de s’abaisser jusque là pour nous sauver, et pour nous ressusciter avec Lui ? Je comprends que seule cette folie de Dieu, qui se reflète dans le Cœur et dans les larmes de la Sainte Vierge, ait pu « provoquer une fissure dans l’incrédulité de Huysmans » !<br /> Ce qui me touche aussi profondément, c’est la foi n’a pas transformé ce naturaliste en un spirituel éthéré. Elle en a fait un naturaliste au regard transfiguré : son passé n’a pas été effacé, mais illuminé, de sorte que son regard et sa plume très crus ont su voir et décrire ce que révélaient les horreurs de la Passion du Christ : un Amour infini. En ce sens, me touche beaucoup toute la description du tableau : sans adoucissement, sans anesthésie. Huysmans a su mesurer toute l’humilité et la grandeur d’un tel abaissement, et a pu écrire cette phrase qui me bouleverse : « Cette charogne éployée était celle d’un Dieu ».
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J
Un profond merci Joseph pour cet article. Que ce soit pour le retable ou le commentaire qui l’accompagne, je n’ai pas de mots devant ce qui est peint avec la mission de « rendre l’invisible et le tangible, de manifester l’immondice éplorée du corps, de sublimer la détresse infinie de l’âme », et l’expérience de l’Amour de Dieu que Huysmans décrit. L’abaissement fou du « charnier divin » laisse bouche-bée (tout serait à citer...) : <br /> « le Christ vulgaire, laid, parce qu’il assuma toute la somme des péchés et qu’il revêtit, par humilité, les formes les plus abjectes. » ; « celui qui s’était assimilé aux plus misérables de ceux qu’il venait racheter » ; « il avait accepté que sa Divinité fût comme interrompue depuis les soufflets et les coups de verges, les insultes et les crachats, depuis toutes ces maraudes de la souffrance, jusqu’aux effroyables douleurs d’une agonie sans fin. Il avait ainsi pu mieux souffrir, râler, crever ainsi qu’un bandit, ainsi qu’un chien, salement, bassement, en allant dans cette déchéance jusqu’au bout, jusqu’à l’ignominie de la pourriture, jusqu’à la dernière avanie du pus ! » ; « Cette charogne éployée était celle d’un Dieu, et, sans auréole, sans nimbe, dans le simple accoutrement de cette couronne ébouriffée, semée de grains rouges par des points de sang, Jésus apparaissait, dans sa céleste Superessence, entre la Vierge, foudroyée, ivre de pleurs, et le Saint Jean dont les yeux calcinés ne parvenaient plus à fondre des larmes. »
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