Le rêve de Pygmalion

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Publié dans Dessin et peinture

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J
Merci Jeanne pour l'image du serpent, et Marguerite pour ton interprétation des masques.
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M
Merci Frantz de partager avec nous ce tableau de Jean-Léon Gérôme et ce mythe que je découvre.<br /> Merci pour tous les éléments que tu as relevés et interprétés.<br /> Je suis frappée par tous ces visages qui semblent bien exprimer de la peur à la vue de l’attitude de Pygmalion, peut-être même un désir de lui crier qu’il s’égare et se perd. Seul le petit cupidon et le buste de diable paraissent esquisser un rictus et se complaire dans ce qu’ils voient.<br /> Il y aussi la main de Galatée saisissant celle de Pygmalion comme voulant la retirer, là aussi peut-être dans l’idée de manifester que ce qu’il croit posséder n’est pas réel, seulement le fruit de son imagination.<br /> M’interpelle aussi ce poisson réalisé par Pygmalion lui-même au pied de cette femme. Avec le sens que tu expliques, serait-ce le fruit de sa conscience, une pensée qui l’habite au fond de lui-même et tente de lui donner à percevoir que ce qu’il fait n’a pas de sens et ne peut que lui faire du mal ?<br /> Je trouve que l’on perçoit bien dans la posture de Pygmalion son empressement et sa volonté de saisir son œuvre.
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J
Merci beaucoup Frantz pour le commentaire et la réflexion soulevée que j’ai trouvé très intéressants. L’attitude de Galatée m’a aussi interpelée me donnant l’impression d’une domination sur Pygmalion : déjà par le geste de sa main qui arrache de son côté la main de Pygmalion afin de la placer ou elle veut, puis par celui de son bras droit qui enserre la tête de Pygmalion. Ce geste me fait penser à un étranglement, ou encore à un serpent qui resserre ses anneaux sur sa proie. La douceur signe de l’accueil de l’autre, est absente de cette scène.
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J
Merci Joseph pour ce que tu ajoutes sur la solitude et l'enfermement; et Christine pour ce que tu écris de très intéressant concernant Galatée.
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C
Merci, Frantz, pour cet article qui ouvre beaucoup de perspectives très intéressantes sur le rapport de l'artiste avec son œuvre.<br /> Je trouve le tableau effrayant: la masse de blancheur domine et semble même écraser Pygmalion; plus l'ivoire se fait chair, plus il semble ployer sous le poids de ce désir qui l'obsède, jusqu'à en perdre l'équilibre…<br /> Nous ne voyons Galatée que de dos, sans visage ni regard, ce qui accentue l'idée que Pygmalion ne recherche pas la relation mais désire seulement la possession. La masse noire des cheveux qui contraste avec la blancheur du corps occulte dans le baiser toute expression, tout sentiment. <br /> Ton analyse et les commentaires sur l'enfermement et le refus du réel sont très éclairants: tous les détails du tableau sont effectivement révélateurs que rien n'y appartient à la "vraie vie".<br /> De l'effroi face à ce tableau, face à Pygmalion et à Galatée, ne peut que naître et s'imposer la juste définition de l'artiste véritable qui est passeur d'une beauté qui ne lui appartient pas et dont il consent à se dessaisir dans l'acte créateur lui-même.
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J
Merci beaucoup pour cet article très intéressant et soigné, avec ton regard profond sur tous les détails, et la méditation sur le rapport à l’art, et surtout au réel. Mais ce qui me touche le plus dans ce tableau, c’est tout ce qui est exprimé sur le rapport à l’altérité. J’ai été frappé par un sentiment de grande solitude dans cette scène ; oui, tout semble faux, à l’image de ces masques grimaçants ; tout est peuplé d’êtres vides, irréels, dans cet atelier où n’apparaît ni porte ni ouverture : c’est vraiment une prison d’enfermement sur soi-même. Tout l’univers est clos autour de l’ « artiste ». Je trouve ces deux mains fermées, agrippées à la femme, terribles ; image percutante de la négativité de la possessivité, encore appuyée par le fait que la statue semble vouloir se dégager. Oui, on ressent de la violence, exactement contraire à la délicatesse du regard et du geste artistiques, qui demandent de voir les êtres avec beaucoup de douceur, il me semble. Gérôme nous donne là une image très forte de l’anti-art ; et merci de le relier à l’anti-relation. L’ouverture au réel de l’autre, contre nos fantasmes… quelle leçon tellement importante et actuelle, comme tu le soulignes ! Enfin, j’ai été aussi très frappé par ce petit « ange », aussi irréel que ridicule, mais dont la flèche ne semble pas être dirigée vers la femme, mais bien vers Pygmalion, qui comme tu le dis « aime » déjà, est déjà épris en tous cas. Je me suis demandé si ce n’était pas en fait plutôt une expression de la mort, de la mort de l’amour vrai justement, de la sentence du réel. Pygmalion semble condamné, mais sans aucunement voir le danger derrière lui, trop avide et égocentrique. Cela donne à méditer sur nos propres attitudes dans ce sens ; merci !
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L
Merci Frantz ! Merci pour ce très beau partage et pour ton regard aiguisé sur le tableau de Gérôme. Merci d’avoir recherché et de nous avoir présenté chacun de ces détails, avec précision, et vérité. <br /> Trois choses particulièrement m’ont interpelée dans le commentaire que tu nous offres. <br /> D’abord cette phrase, froide de vérité : « ces mains dont est sortie l’œuvre sur laquelle elles sont maintenant refermées ». Cela m’interpelle sur la gratuité du travail, et sur le mensonge parfois lorsque nous voulons nous faire croire à nous-mêmes que ce que nous faisons est beau alors que cela n’est que recherche d’autosatisfaction… Dès cet instant toute œuvre devient instantanément laide ; et cela fait réfléchir…<br /> Il y a ensuite tout ce que tu exprimes sur son « besoin » de se défendre de la réalité, et des faiblesses intrinsèquement liées au réel.<br /> Enfin, je trouve très fort ce que tu dis : « une chimère qui ne peut évoluer, changer, ni même mourir, parce qu’elle n’est pas réelle » (en particulier le fait qu’elle ne puisse même pas mourir…).<br /> Je trouve moi aussi la représentation de la statue par Gérôme « époustouflante » ; et tu en parles si bien à propos même des changements de température et de matière perçus. Je trouve aussi la forme et le mouvement du corps très beau.<br /> A propos du poisson présent à ses pieds, je me suis demandée si cela ne pouvait pas faire référence au mythe des sirènes ; comme une manière de souligner encore une fois l’irréalité de la scène.
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J
Merci pour cet article très intéressant que j'ai relu plusieurs fois. Je trouve tes commentaires, sur tout ce que tu as remarqué, soignés et très profonds. Je n'ajouterai donc rien si ce n'est... bravo!
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