Dans l'oeil du vieillard

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J
Merci Frantz pour ce que tu dis sur la flamme et la lumière; et Jeanne quant à la bouche ouverte.
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M
Merci Christine pour la beauté de ton partage et pour ces beaux vers sur les personnes âgées tant méprisées dans notre société. Merci pour tes mots « étape ultime d'un accomplissement ».<br /> Dans le texte de Victor Hugo me frappe particulièrement cela :<br /> « Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,<br /> Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand »<br /> « Le vieillard, qui revient vers la source première »<br /> Et merci pour le partage des vers de Bobin.<br /> Dans mes rencontres de personnes âgées j’ai parfois été vraiment frappée et touchée par des regards qui me paraissaient si lumineux et qui dégageaient quelque chose de paisible et de beau. Peut-être témoins de leur vie écoulée… Cela me fait penser à ce lien entre l’œil et l’âme qui est évoqué dans la Bible par exemple par ces mots : « La lampe du corps, c’est l’œil. Donc, si ton œil est limpide, ton corps tout entier sera dans la lumière ; mais si ton œil est mauvais, ton corps tout entier sera dans les ténèbres » (Evangile selon saint Matthieu, chapitre 6 versets 22 et 23).<br /> Merci aussi pour le tableau de Fragonard.<br /> Merci Jean d’écrire dans ton commentaire que ce magnifique programme : « Entrer aux jours éternels et sortir des jours changeants » n’attend pas le nombre des années. Et merci pour ce que tu exprimes de la maladie d’Alzheimer comme pouvant contenir une certaine forme de rédemption du temps.
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J
En voyant la peinture de ce vieillard, je trouve qu’il est aisé de s’imaginer qu’il a dû être plus jeune « une force de la nature », robuste, trapu, avec ses larges épaules et son cou, son front imposant. Je trouve réaliste et beau le choix d’avoir peint ce vieillard la bouche ouverte rappelant ainsi le souffle qui diminue objectivement avec l’âge qui avance obligeant à chercher et puiser l’Essentiel plutôt que le futile qui essouffle et n’apporte rien. <br /> « Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,<br /> Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand. »<br /> « Le vieillard, qui revient vers la source première,<br /> Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ; ». <br /> En lisant ces vers de Victor Hugo sur le regard porté à ce vieux Booz, j’ai de la gratitude pour les aides soignants des maisons de retraite et des Ephad qui en ces temps très durs pour les anciens, les regardent comme grands et beaux car « sans défense aucune devant ce qui leur arrive jour après jour, nuit après nuit. » (pour reprendre les mots du poète Bobin que tu cites Christine). Je suis touchée de voir que Bobin lie l’état d’être sans défense à la possibilité de voir ce que ceux qui ne savent pas s’arrêter ne peuvent plus voir. Revenir vers la source première, quelle magnifique et désirable destination : Dieu créateur ! <br /> <br /> Merci Jean d’avoir relevé ce programme de vie comme quelque chose qui n’attend pas. Merci pour ton commentaire plein de délicatesse devant la souffrance, et d’espérance en devinant ce matin de Pâques.
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F
Merci Christine pour cette réflexion sur la vieillesse. Me fait réfléchir tout d’abord ce que tu dis sur le regard, opaque chez certains, pur chez d’autres. Et c’est vrai que l’âge, comme tu le dis, n’apporte pas automatiquement cette purification du regard. Je pense à cette expression qu’a utilisée le Pape François, décrivant la vieillesse comme le vieux vin. Quand il a bien vieilli, quel délice de se trouver devant cette pureté du regard, et parfois ces paroles sages que nous laissent les anciens ! Mais quand le vin a tourné au vinaigre, qu’une personne âgée finit aigrie, quelle tristesse… Cela me fait penser que ce regard intérieur est à purifier chaque jour. C’est un peu ainsi que je comprends le magnifique vers d’Hugo : « Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, Mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière. » Comment, en effet, briller de cette lumière intérieure si l’on n’a pas tout fait pour conserver la flamme de la jeunesse ? Et je trouve que la figure de Booz, si généreuse, illustre bien cela. <br /> Merci pour le vieillard de Fragonard, dont je trouve le regard très beau, en ce qu’il semble encore capable de s’étonner, de découvrir, d’apprendre. Il n’est pas fermé, mais ouvert à ce qui l’entoure. Merci pour les mots de Bobin, magnifiques, qui vont en ce sens : « sans défense », « Mon père les regarde ». Dépossession et vulnérabilité qui rendent capable d’accueillir ce qui est donné. Quelle leçon ! <br /> Merci Jean pour ce que tu dis de si fort sur la maladie d’Alzheimer, lorsque tu parles, avec crainte, d’ « une certaine forme de rédemption du temps, « long séjour ». » C’est vrai que cette vulnérabilité est incompréhensible humainement parlant. Aussi, merci de tourner nos regards vers la Résurrection, car la croix aussi était incompréhensible, mais elle prend sens avec la victoire du Ressuscité.
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L
Merci Christine pour cette invitation à nous arrêter et à méditer sur cette vieillesse, tant redoutée dans notre société : « le refus de vieillir et de mourir fait identifier la vieillesse à une insupportable dégradation et non à l'étape ultime d'un accomplissement ». Merci pour ce dernier mot que tu as choisi et qui me touche. J’ai été touché aussi par la beauté du portrait, par l’attitude de cet homme, bouche et yeux ouverts, duquel se dégage une grande présence je trouve, un mélange d’étonnement, de douceur et de simplicité, entièrement saisi dans la contemplation de quelque chose. Je me suis demandé quoi ? Peut-être le Ciel dont tu nous parles. <br /> En particulier après la lecture de ton commentaire Jean (pour lequel je te remercie beaucoup !) je retiens particulièrement ces vers de Victor Hugo : « Le vieillard, qui revient vers la source première, / Entre aux jours éternels et sort des jours changeants » : Avoir le désir de ne pas attendre de sentir la mort toute proche de nous par la vieillesse pour nous y préparer, mais nous rappeler que nous sommes mortels et vulnérables (merci Joseph pour ton commentaire), et rechercher dès à présent les « jours éternels », en quittant ces « jours changeants ».<br /> Merci pour le poème de Christian Bobin, sa si grande délicatesse me touche profondément.
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J
Merci beaucoup pour cet article sur le mystère et l’enseignement de la « présence pure » (ce titre de l’ouvrage de Bobin m’a particulièrement touché, comme la contradiction absolue du modèle actuel imposé de la rentabilité), à travers le regard de lumière de nombre de personnes âgées. Oui, cette expérience-là est bouleversante. Je retiens spécialement cette expression : « sans défense aucune devant ce qui leur arrive jour après jour, nuit après nuit. » Cela m’évoque la vulnérabilité qui sera notre grand point commun à tous, que nous le voulions ou non, et qui appelle à se préparer dès maintenant pour l’acte de confiance ultime : ne plus rien pouvoir, pour être seulement conduit. Merci pour la beauté des vers des deux écrivains, cette poésie pleine de « délicatesse » comme tu l’exprimes Jean, avec le beau sentiment de révérence envers les Anciens, et les belles images poétiques, pesées. Je te remercie profondément d’ailleurs pour ton très beau commentaire, spécialement le magnifique lien évoqué de la vulnérabilité avec le « matin de Pâques », et comment la souffrance réelle n’est pas la fin mais sœur de la « rédemption », ce mot extraordinaire, qui résonne comme une promesse de poids. Merci aussi d’avoir souligné la possibilité de cet apprentissage actuel pour chacun d’ « entrer aux jours éternels ».
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J
Merci pour cette belle occasion de méditer sur l’existence terrestre, dans le profond mystère de son stade ultime de mûrissement, « vers la source première » ; mais aussi en général.<br /> « Entrer aux jours éternels et sortir des jours changeants, marcher pur loin des sentiers obliques », voilà, il me semble, un beau programme de vie qui n’attend pas, j’espère, le nombre des années. Tout comme la fécondité d’une vie qui semble assoupie aux yeux des hommes : « Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé » ; ou encore les si belles métaphores de la sagesse et de la générosité : « Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril. Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques ». Les vers d’Hugo sont, comme souvent, sublimes !<br /> Quant à Bobin, dans le meilleur de sa poésie, je discerne grâce à lui « les fleurs d’acacias, blanches et grêles à l'éclat d'un baiser d'enfant, vendangées par la pluie ».<br /> Je trouve tous ses mots, empreints d’une si grande délicatesse et d’un si grand amour, bouleversants. A le lire, on se demande si Alzheimer, la si justement redoutée et redoutable Alzheimer, ne contient pas, peut-être, dans un certain sens, et on ne peut le dire qu’en tremblant, comme devant toute souffrance, une certaine forme de rédemption du temps, « long séjour ».<br /> Devenir « sans défense aucune »… Insupportable scandale qui peut laisser deviner à qui veut le concevoir, puis l’accepter, totalement hors de la compréhension humaine, un matin de Pâques.
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