Charles Péguy, le tapissier du Verbe

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J
Merci Jean pour ce que tu exprimes de très beau à la fin de ton commentaire : « j’aime à penser qu’il le voulut non seulement pour lui-même, mais pour les hommes dont il avait la charge et dont, en vrai chef, il se préoccupait du salut. »<br /> Christine, ta question m’évoque une phrase du Pape François dans son si beau message pour la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, où il écrivait : « il est plus beau encore que nombre d’ouvriers et d’artisans aient témoigné avoir vécu cette aventure de la restauration dans une authentique démarche spirituelle. Ils se sont mis sur les traces de leurs pères dont seule la foi, vécue dans leur travail, a pu édifier un tel chef d’œuvre où rien de profane, d’inintelligible, ni de vulgaire n’a sa place. » Peut-être est-ce là une voie d’espérance pour les hommes de bonne volonté : les traces de leurs pères…
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J
Merci, Jean, particulièrement pour cette réalité nommée : « l’élégance de vivre ». Merci aussi pour ce que tu as compris au sujet du geste de Charles Péguy : « j’aime à penser qu’il le voulut non seulement pour lui-même, mais pour les hommes dont il avait la charge et dont, en vrai chef, il se préoccupait du salut. ». Merci, Christine, pour l’expression de ton admiration pour Charles Péguy retrouvée dans ton commentaire.
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M
Merci Jean pour cette phrase: "le cantonnement auprès de Notre-Dame (avec le fleurissement de son autel), dont j’aime à penser qu’il le voulut non seulement pour lui-même, mais pour les hommes dont il avait la charge et dont, en vrai chef, il se préoccupait du salut."
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J
« Artisan du verbe » : j’aime ce titre pour honorer Charles Péguy, ainsi que la photographie (celle des chevreuils est très belle) qui souligne son regard, comme la dernière note de bas de page souligne celui du Père céleste.<br /> Je ne souhaite pas mettre en exergue l’un ou l’autre extrait rapporté, car je trouve tout remarquable, que ce soit du point de vue de la forme (passionnante, son explication stylistique de la « tapisserie ») ou du fond ; Joseph en parle bien ! Je me réjouis de cette filiation médiévale que revendique Péguy à partir de sa conversion ; de ce que cette conversion, don de la grâce alors qu’il avait fait le tour lassé de ses différents engagements, a accompli en lui l’écrivain. <br /> Concernant sa vision traditionnelle du travail, je la partage totalement, et depuis fort longtemps. Cela me semble participer à ce que l’on pourrait appeler l’élégance de vivre (ou, comme il l’écrit, « l’honneur » de vivre), que je m’emploie pour ma part à cultiver.<br /> Ce qui m’a le plus touché est son geste tout chevaleresque à l’orée de son départ de cette Terre, qu’il devait pressentir : le cantonnement auprès de Notre-Dame (avec le fleurissement de son autel), dont j’aime à penser qu’il le voulut non seulement pour lui-même, mais pour les hommes dont il avait la charge et dont, en vrai chef, il se préoccupait du salut.
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C
Merci, Joseph, pour cet article tellement riche qui, de la contemplation de quatre chevreuils, nous entraîne avec Péguy que tu nommes si bien "tapissier de Dieu", dans cet hommage au travail bien fait jusqu'en ses moindres détails, même invisibles: s'y retrouvent ensemble rempailleuses de chaises, ravaudeuses, arpenteurs, bâtisseurs de cathédrales, fileurs de tapisseries et fileurs de mots que sont les poètes. J'aime les mots de ta conclusion qui résument cet élan commun en "une manière de comprendre le monde, de le célébrer, et d’unir les êtres, dans un regard fraternel, empli de tendresse, accordé au regard du Père Créateur."<br /> J'ai été profondément émue d'apprendre que Péguy avait passé sa dernière nuit sur terre à fleurir la Vierge Marie, dans l'amour et humilité profonde de son cœur qui l'a tant chantée.<br /> J'ai aimé relire ces lignes sur le travail:" Tout était une élévation intérieure, et une prière(...)Le travail était une prière. Et l’atelier un oratoire." Il me semble que ce n'est que dans cette adéquation du travail et de la prière que réside la joie du travail. Comment retrouver cette joie du travail dans un monde qui a oublié Dieu?<br /> Enfin, j'ai compris le sens des Tapisseries de Péguy et j'en suis très heureuse! Ces longs poèmes emplis d'un souffle incomparable courant de vers en vers, de strophe en strophe sont donc "tout un immense appareil aussi parfaitement docile que l’appareil du tisserand". J'ai ainsi savouré, avec un plaisir immense, le travail de tisserand du poète, dans Eve, passant et repassant les fils des participes présents qui s’entremêlent dans les strophes 2, 4 et 5 pour évoquer les bondissements, la course vagabonde et audacieuse des cervidés.<br /> Et mon admiration pour Péguy a encore grandi.
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J
Merci beaucoup, Joseph, pour cet article ! Merci pour la possibilité d’approcher ici la poésie et l’esprit de Charles Péguy. C’est très beau de voir l’admiration entre les artistes à travers le titre donné par Bernanos et de la vénération dont cela témoigne : « artisan du verbe ». L’hommage que Charles Péguy fait du véritable esprit du travail et de son honneur est admirable ! Je me suis tout spécialement arrêtée sur ces paroles : « le foyer se confondait très souvent avec l’atelier, et l’honneur du foyer et celui de l’atelier, c’était le même honneur. » ; « Le travail était une prière. Et l’atelier un oratoire. » ; « cette piété de l’ouvrage “bien faite”. » ; « Une tradition, venue, montée du plus profond de la race, un honneur voulait que ce bâton de chaise fût bien fait. Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était exactement aussi parfaitement faite que ce qu’on voyait. »<br /> Je remercie ceux qui vivent le soin et l’honneur en toute chose, même, et surtout, lorsque c’est caché ! C’est une leçon… ! C’est un défi… ! Je souhaite apprendre à le vivre. Je remercie pour l’exemple de ceux qui vivent l’honneur et la dignité en tout et qui, en plus, acceptent de s’embarrasser d’apprentis pour transmettre ce trésor. Je rends grâce pour ceux-là qui, en vivant ainsi, rendent ou révèlent la dignité aux autres. Je rends grâce pour cette école si enthousiasmante : « Tout était une élévation intérieure, et une prière. » ! <br /> Il me semble que ce texte, et particulièrement cette phrase de Charles Péguy : « Travailler était leur joie même, la racine profonde de leur être. », rejoint l’esprit qu’enseigne le Saint Père François qui a dit, par exemple, cette si belle parole : « Le travail est l’onction de la dignité. ». (cf. https://data.over-blog-kiwi.com/1/18/21/38/20241022/ob_1eb4d1_carnet-de-rome-du-16-au-20-octobre-202.pdf). <br /> Merci, Joseph, pour tout ton dernier paragraphe avec l’expression de ton admiration et de ce que tu comprends avec crainte. <br /> J’ai aimé lire le poème de Péguy, les mots choisis, les vers rimés et suivre le cheminement de contemplation auquel il convie. Le vers sur le regard du Père Créateur m’a émerveillée : « De la fleur de pommier jusqu’au dernier chardon, Il enveloppait tout d’un regard paternel ». <br /> La scène photographiée est très belle.
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L
Merci Joseph de susciter l’occasion de cette « rencontre », à notre tour, avec Charles Péguy. <br /> Ce premier extrait que tu nous offres est tellement beau ! Le lien entre travail et prière d’abord : « Tout était une élévation intérieure, et une prière. », « Le travail était une prière. Et l’atelier un oratoire. » ; le lien entre joie et travail ensuite : « Ils chantaient à l’idée qu’ils partaient travailler. », « Travailler était leur joie même, la racine profonde de leur être. » ; et enfin ce si profond lien entre d’humbles ouvrières et des bâtisseurs de cathédrales ! Ce que je trouve particulièrement beau est que ce lien soit manifesté par le travail bien fait, jusqu’au bout, dans le détail des choses cachées, et pour lui-même. Qu’il soit lié à l’honneur, la dignité du travailleur.<br /> Merci pour les strophes du poème Ève que tu as choisies. Je ne pense pas comprendre correctement certaines images de la fin (la Grande Ourse et les citadelles en particulier). Mais cela ne m’empêche certainement pas d’apprécier la magnifique description de la danse des cervidés qui par trois fois redémarre, joyeuse et vive, puis brusquement s’arrête, et cela dans une inventivité de la langue sans cesse renouvelée. C’est ce qui me frappe : la répétition sans répétition, le choix des mots et de leur nuance. J’aime aussi beaucoup la manière dont Charles Péguy évoque la réalité éternelle dans laquelle se trouvait les animaux, avant la Chute (notamment : « leur vigueur éternelle » et « sa race intemporelle »).<br /> La métaphore que tu soulignes est aussi extraordinaire (et m’a fait découvrir de nombreux mots !).<br /> Merci enfin pour ta très belle conclusion : « une manière de comprendre le monde, de le célébrer, et d’unir les êtres, dans un regard fraternel, empli de tendresse, accordé au regard du Père Créateur. Grâce à Péguy, il me semble comprendre un peu mieux combien les véritables poètes sont les artisans de la communion, les tapissiers de Dieu. »
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M
Merci Joseph pour ce que tu partages avec nous. D’abord pour ce bel élément historique de la fin de vie de Charles Péguy : « mort au combat le 5 septembre 1914, après avoir fleuri, l’avant-veille, dans un vieux couvent non loin de Paris, l’autel de la Vierge Marie1 ». Ensuite pour ce si beau texte sur le travail. C’est une grâce et une miséricorde de lire de tels textes qui dévoilent et décrivent la réalité profonde des choses, ici la valeur, le sens, la dignité du travail. Je voulais souligner l’une ou l’autre phrase, mais en réalité tout est si profondément beau et uni que je ne relèverai rien en particulier. Cela donne le désir d’entrer, et toujours davantage, dans cette conscience pour en vivre au quotidien. Merci pour ce que tu exprimes : « ce regard qui sait discerner le même souffle animant l’authentique architecte et le bon artisan, en passant par l’ouvrage poétique, ou plutôt, le tout étant compris dans l’esprit poétique. ». Merci de partager avec nous ce poème de Charles Péguy, j’aimerais beaucoup qu’un poète me montre tout ce que je ne sais pas voir, ni comprendre. Je distingue bien certaines choses, du rythme, des « échos » d’une strophe à l’autre, mais je vois bien que je ne comprends pas et que trop d’éléments me sont voilés. Merci pour ce que toi tu exprimes : « La tapisserie n’est plus alors une forme littéraire parmi d’autres, mais une manière de comprendre le monde, de le célébrer, et d’unir les êtres, dans un regard fraternel, empli de tendresse, accordé au regard du Père Créateur ». Enfin merci aussi pour cette belle photo pour illustrer ton article, de la course des deux chevreuils dans le pré givré, si belles créatures de Dieu.
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F
Merci pour la joie profonde de recevoir cette « leçon magistrale » de Péguy, dont le titre « d’artisan du verbe » a suscité en moi admiration. Déjà, merci pour l’explication sur la tapisserie comme tradition littéraire, ce qui éclaire pour moi l’emploi de ce terme chez Péguy. Ensuite, combien est beau cet épisode, qui n’a rien d’épisodique, de ces fleurs accumulées aux pieds de Notre-Dame l’avant-veille de sa mort ! Amour pour la Vierge, amour pour la France, amour du travail artisanal, amour du verbe (et du Verbe Incarné !)… Quel exemple que cet homme !<br /> Dans le premier texte que tu partages, je suis frappé par les mots de « respect », « honneur », « décence », réalités fleurissant dans les petits actes du quotidien vécus avec soin, profondeur, avec poids. En ce sens, me touche beaucoup ces mots : « Le travail était une prière. Et l’atelier un oratoire. » Quelle leçon que celle de ces « ouvriers qui avaient envie de travailler », qui « chantaient à l’idée qu’ils partaient travailler » ! Et surtout, la profonde noblesse de la conscience appliquée à bien faire son travail, non en échange de quelque chose, mais par vertu : « Il fallait qu’un bâton de chaise fût bien fait. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le patron. Il fallait qu’il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même. » Et ceci, qui est une leçon pour moi : « Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était exactement aussi parfaitement faite que ce qu’on voyait. C’est le principe même des cathédrales. »<br /> M’impressionne beaucoup ce qu’écrit Péguy sur son travail d’écrivain, où il parle « d’innombrables rimes intérieures, assonances, rythmes et articulations de consonnes, tout un immense appareil aussi parfaitement docile que l’appareil du tisserand » : on comprend bien que chaque mot est pesé, étudié dans sa relation et son harmonie avec les autres, intégré dans un rythme pensé, écouté, sculpté…<br /> Enfin, comme est beau cet extrait du poème que tu partages ! J’ai aimé l’entrelacement des différentes images entre elles, celle de la broderie et celle de la course des animaux rencontrés, avec ces expressions au rythme semblable : « Nouant et dénouant », « Laçant et délaçant », « Mêlant et démêlant ». M’ont particulièrement plu les vers :<br /> « Pour mieux commémorer leur vigueur éternelle,<br /> Et pour bien mesurer leur force originelle »<br /> […] « Afin de saluer sa race intemporelle »<br /> Et surtout ceci : <br /> « Et ces beaux arpenteurs parmi ces ravaudeuses<br /> Dessinaient des glacis devant des citadelles »<br /> Quelle beauté !<br /> Merci pour la joie profonde de lire ces mots : « La tapisserie n’est plus alors une forme littéraire parmi d’autres, mais une manière de comprendre le monde, de le célébrer, et d’unir les êtres, dans un regard fraternel, empli de tendresse, accordé au regard du Père Créateur. »<br /> Merci également pour la très belle photographie que tu as choisie de mettre en fin de ton article.
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