''Mais tout le grand ciel bleu n’emplirait pas mon cœur''

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J
Merci, j’aime beaucoup ce poème ! D’abord parce que j’ai toujours eu une grande admiration pour Charlemagne. Ensuite, parce que je trouve que le texte est vraiment magnifique, on retrouve là toute la grandeur d’Hugo, j’apprécie particulièrement le rythme entraînant et le choix des mots !<br /> Mais plus encore, ce qui entraîne, c’est l’évocation du cœur chevaleresque, comme une leçon de vie, avec effectivement, le fruit de joie dont parle Joseph, et, à contrario, l’horreur de ce qu’évoque Jeanne.
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C
Merci Frantz pour ces deux figures de Charlemagne et d'Aymery, à travers le souffle épique de Victor Hugo qui effectivement déroule le récit comme une immense tapisserie mais en fait aussi une scène de théâtre dramatique, emplie tour à tour de reproches, d'exhortations, d'enthousiasme.<br /> Deux choses m'interpellent particulièrement:<br /> D'une part,la comparaison d'Aymery et de David (dans la Bible, au chapitre 17 du premier livre de Samuel): cette même hardiesse confiante qui ne regarde pas en arrière. Et la chute du poème (comme sait si bien faire Hugo) souligne magnifiquement cette simplicité d'Aymery sans aucun apparat ni vaine gloire "Le lendemain Aymery prit la ville." Il en est ainsi de David terrassant Goliath avec sa petite fronde.<br /> D'autre part, la lassitude et la défection des "preux"; cela me fait penser à l'exhortation de notre Pape François à quitter nos canapés, nos zones de confort, à risquer nos vies (non pour Narbonne mais pour le Christ…); le grondement amer de Charlemagne:" Allez vivre cachés, prudents, contents…" porte en creux cet appel .<br /> Ne pas marchander, avoir le cœur haut et que tout le grand ciel ne pourrait remplir: c'est un programme de sainteté.
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L
Merci Frantz, c’est une joie de découvrir ces deux portraits, de Charlemagne et de son jeune chevalier. Je trouve encore une fois la poésie de Victor Hugo magnifique, donnant un rythme et une force bien particulière à ce discourt de l’empereur ! Je suis frappée par la force redoutable de son regard ; qui participe, je crois, à l’entraînement des cœurs dont tu parles : <br /> « Grand Dieu ! que voulez-vous que je fasse à présent ?<br /> Mes yeux cherchent en vain un brave au cœur puissant,<br /> Et vont, tout effrayés de nos immenses tâches, <br /> De ceux-là qui sont morts à ceux-ci qui sont lâches ! »<br /> <br /> J’aime aussi la simplicité Aymery, qui ne se prend pas pour ce qu’il n’est pas, mais qui accomplit droitement ce qu’il reconnaît être son devoir : « Doux, frêle, confiant, serein, sans écusson / Et sans panache » ; puis : « L’enfant parlait ainsi d’un air de loyauté, / Regardant tout le monde avec simplicité. » Cela exhorte à rechercher la simplicité dans nos vies, agir quand et comme il le faut, et ne pas nous payer de mots.
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J
J’ai eu un grand plaisir à lire l’extrait de ce poème ! Je suis émerveillée encore de voir combien un écrivain peut réussir à transporter le lecteur jusqu’à « entendre », « voir », et même « sentir », ce qui fait la scène. Quel art ! <br /> J’ai particulièrement aimé la description de l’autorité de Charlemagne trouvée juste dans son regard, sans paroles : « Mes yeux cherchent en vain un brave au cœur puissant » « Terrassant du regard son camp épouvanté », puis de l’autorité dans sa voix. Je trouve que sa menace de chasser les lâches traduit le profond souci de ce chef envers ceux qu’il veut voir être des hommes. C’est pour les ramener à leur devoir, et plus profondément à ce qui fait leur identité, qu’il les secoue : « Rentrez dans vos logis, allez-vous-en chez vous,<br /> Allez-vous-en d’ici, car je vous chasse tous !<br /> Je ne veux plus de vous ! Retournez chez vos femmes !<br /> Allez vivre cachés, prudents, contents, infâmes !<br /> C’est ainsi qu’on arrive à l’âge d’un aïeul. ». <br /> Le remord et le dégoût d’eux-mêmes qu’éprouvent les déserteurs ensuite est si bien décrit par Victor Hugo : « Vous répondrez, baissant les yeux vers la muraille :<br /> ‘Nous nous sommes enfuis le jour d’une bataille,<br /> Si vite et si tremblants et d’un pas si pressé<br /> Que nous ne savons plus où nous l’avons laissé !’ ’’ »<br /> Enfin, quelle belle satisfaction est révélée avec la fierté (filiale) par ces deux mots de Charlemagne envers Aymery : «Va, fils ! »
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M
Merci Frantz pour le partage de ce poème, toute l’histoire qu’il raconte est très intéressante, ainsi que la définition de plusieurs mots que j’ai découverts.<br /> Il y a des vers qui m’ont fait sourire :<br /> « Et les pâtres lointains, épars au fond des bois,<br /> Croyaient en l’entendant que c’était le tonnerre. »<br /> Et<br /> « Charles, plus rayonnant que l’archange céleste ».<br /> Le parallèle évoqué dans le poème avec l’histoire du roi Saül et de David est très frappant.<br /> Je suis particulièrement interpellée par ces mots concernant la chevalerie : « Vous alliez en avant sans compter tous vos pas ! », et ceux-ci qui au contraire sont l’opposé de cet esprit chevaleresque : « Allez vivre cachés, prudents, contents, infâmes ! ».<br /> Au début je trouvais tout de même bien davantage dans ce poème la volonté de Victor Hugo de mettre en avant le courage d’Aymery, mais pas tellement Charlemagne envers qui ses capitaines font preuve d’une grande lâcheté et de déloyauté et qui ne semblent pas changer d’avis après ce long discours, si vigoureux soit-il. Mais effectivement si Charlemagne peut avoir un tel discours et donner une telle leçon sur la chevalerie, c’est bien que lui-même a profondément compris et vécu tout cet esprit.
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J
Merci Frantz pour l’esprit de ce partage qui me touche, et spécialement l’évocation de ces autres preux morts au combat, portant avec eux les si belles vertus chevaleresques: <br /> « …vous ne marchandiez pas !<br /> Vous alliez en avant sans compter tous vos pas ! »<br /> Droiture, courage, générosité… Combien c’est entraînant !<br /> Et puis un élément m’a vraiment touché dans la figure de Charlemagne, telle que la présente ici Victor Hugo : c’est sa joie non pas tant de conquérir la ville, mais bien d’aller à sa conquête, et non pas de le faire lui seul – ce qui montre aussi que cette aventure va bien au-delà d’une possession matérielle – non, mais sa joie, c’est l’audace et le courage d’au moins un de ses chevaliers. J’imagine une joie paternelle, comme celle de voir que l’héritage, l’esprit, les vertus que l’on a cherché à transmettre ont été reçues et sont vécues, au moins dans un cœur. Le fruit de l’exemplarité… D’ailleurs, et cela en dit long sur la relation à ses sujets, c’est bien ainsi que Charlemagne s’adresse à Aymery : «Va, fils !».<br /> Sans oublier le vers que tu as choisi comme titre, qui dit si bien la beauté du cœur large, vaste.
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