Le pardon selon Rembrandt

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Publié dans Dessin et peinture

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J
Merci Marguerite pour ton beau commentaire sur la Vierge Marie
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I
Merci Christine de me donner à voir ce tableau dans son ensemble. Merci pour le commentaire qu’en fait Damien Le Guay. Je pensais en le lisant que Rembrandt avait peut-être voulu traduire la vision qu’ont les hommes de Dieu, certains Le reconnaissant comme doux, miséricordieux et d’autres Le voyant comme un homme dur, rigide, qui condamne. Mais en te lisant Joseph, j’ai trouvé magnifique ton intuition qui montre l’extrême patience du Père qui attend toute sa vie, sans vaciller le retour de son fils. Il en faut du courage pour vivre cela…
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F
Merci beaucoup, Christine, de nous avoir invités à nous arrêter sur ce personnage de droite. J’ai trouvé l’interprétation de Damien Le Guay très intéressante, mais c’est vrai que lorsque je l’ai lue, je ne comprenais toujours pas pourquoi Rembrandt avait choisi de présenter deux figures paternelles, l’une miséricordieuse et l’autre intransigeante, alors que le passage d’Évangile veut manifestement montrer la miséricorde de Dieu le Père. Ce serait d’un côté Dieu le Père, et de l’autre une figure paternelle humaine ? J’avoue que ça ne me satisfaisait pas. Aussi, quand j’ai lu ton interprétation, Joseph, je l’ai reçue comme une réponse à ma question. Et je trouve que, selon ce que tu dis, le tableau montre une dimension essentielle de la miséricorde : l’attente patiente et longue du Père, et manifestement, plusieurs années. Cette lecture est vraiment très forte, alors je t’en remercie.<br /> Je me suis aussi laissé touché par le personnage féminin situé entre les deux visages paternels, que j’ai trouvé d’une grande beauté (en haute résolution, par contre). Un sourire paisible qui semble dire : « je savais qu’il reviendrait ». Pas l’ombre d’un doute dans ce sourire, il est l’aboutissement d’un espoir qui n’a jamais fléchi. Et je me dis que, peut-être, il révèle une autre facette du visage paternel (et d’ailleurs, je trouve assez intéressant qu’il soit situé entre les deux visages du Père). <br /> Si vous voulez agrandir l’image, voici un lien : https://artsandculture.google.com/asset/return-of-the-prodigal-son/5QFIEhic3owZ-A?hl=fr&ms=%7B%22x%22%3A0.5628189866607055%2C%22y%22%3A0.2665314489148324%2C%22z%22%3A11%2C%22size%22%3A%7B%22width%22%3A0.7543972462427203%2C%22height%22%3A0.2880967952910399%7D%7D
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M
Merci Christine pour le partage très intéressant de ce commentaire de Damien Le Guay, et aussi de me permettre par ton article d’observer attentivement l’entièreté de ce tableau de Rembrandt.<br /> Je trouve très beau et riche tout ce parallèle qu’il décrit entre les deux personnages et leur attitude respective.<br /> J’ai été particulièrement frappée par quelques mots. D’abord le fait que ce frère jumeau du père soit plus jeune, me parlant alors de la sagesse représenté par le père bon qui est plus âgé, qu’il est nécessaire d’acquérir pour être dans cette attitude de miséricorde. Ensuite l’expression « ne tombe pas dans le panneau », me faisait penser à la folie de cet amour et de cette miséricorde d’un point de vue humain. L’homme avec sa pensée à lui, a du mal peut-être à comprendre l’attitude du père qui accueille son fils avec une telle bonté Comme tu l’écris ce mouvement là n’est pas le plus naturel.<br /> Ensuite le mot « bonheur ». Le père renfermé se tient éloigné de ce « bonheur des retrouvailles ». Cela me frappe que cette attitude de raideur, de réprobation, le coupe de ce que pourtant chaque homme recherche : le bonheur.<br /> Puis l’attitude du père qui fait miséricorde, qui « s’appuie son sur fils », « s’arrondit sur son fils ». Cette attitude d’abaissement, d’humilité me frappe. L’autre père debout dans sa posture « d’homme figé », « statufié » pense certainement être plus fort que l’autre, plus digne, en restant droit et en dominant la scène. Mais pourtant celui qui est le plus respectable, le plus courageux et fort dans sa réaction, est bien le père qui s’abaisse jusqu’à son fils et qui va jusqu’à s’appuyer sur lui.<br /> Ce que je découvre aussi en regardant le tableau dans son ensemble, c’est cette femme au fond de la scène, à l’entrée de la maison, et qui me fait penser à la Vierge Marie, mère de tous les hommes. Sans doute aussi heureuse que le père du retour de son fils, elle se tient à l’écart, en communion de cœur avec l’attitude plein d’amour du père. Comme l’est la Vierge Marie avec le Cœur de Dieu.
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C
Merci Joseph pour ton interrogation et ton interprétation qui ouvrent de nouvelles et si belles perspectives.
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J
Merci Christine de partager cette partie peu connue de ce tableau si fort. Ce qui m’a frappée en le contemplant, est que seule la main gauche du jeune père, celle qui représente une main d’homme, la main du père, est éclairée. C’est comme si en étant observateur de cette scène, il y recevait la profonde leçon d’apprentissage de ce qu’est un père devant le retour d’un fils : il n’est qu’accueil et amour pour aider l’enfant à se reconstruire et à reprendre la route. Le personnage au chapeau et à la moustache que l’on voit plus dans le fond, ne me semble pas très positif mais plutôt curieux et même intrusif. <br /> Merci Joseph pour ce que tu as écrit sur ta manière d’accueillir l’attitude de ce jeune père.
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J
Merci Joseph pour ton interprétation, qui me convainc bien davantage, et me touche profondément.
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J
Merci Christine pour la joie de pouvoir contempler encore et encore ce tableau bouleversant, où il y aurait tant à dire. Mais je me suis donc concentré sur ce personnage de droite selon ce que tu proposais, avec cette méditation sur la Miséricorde « folle » du Père, qui dépasse infiniment l’attitude humainement légitime. Cette leçon là est très forte. Mais j’aimerais faire part d’une interrogation, qui m’a habité dès que j’ai vu cet homme. J’ai eu la chance de trouver une image haute définition, qui m’a permis de zoomer sur ses traits. Et cela a confirmé une impression première que j’avais eue : pourrait-on interpréter autrement cette figure paternelle ? J’y vois en effet un père plus jeune que celui qui étreint son fils. Et je ressens dans son regard comme perdu, non pas une sévérité, mais une sorte d’espoir ténu. Ses mains ne semblent non pas crispées sur sa canne mais elles m’évoquent l’attitude d’un homme qui attend. J’ai réfléchi toute la semaine avant d’écrire cette petite interprétation qui ne remet pas en cause la magnifique leçon. Mais pourrait-on donc voir aussi dans cet homme, le père avant le retour de son fils, qui désire ardemment ce moment, qui se tient là debout, le temps qu’il faudra, qui espère, espère, qui élargit son cœur dans le silence. Qu’en pensez-vous ?
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L
Merci Christine pour ce très beau partage, et pour cette découverte. Merci pour le commentaire de Damien Le Guay qui exprime particulièrement bien les choses je trouve. Ce qui me frappe en lisant tout cela et en regardant le tableau, c’est que la présence de ce second personnage raide, froid et fermé met en relief et souligne l’attitude du père bon : « Il est fermé ; le père est ouvert. Il ferme les mains ; le père les ouvre. Il s’appuie sur sa canne toute droite ; le père s’appuie sur son fils. Il domine la scène ; le père s’arrondit sur son fils. »<br /> Ces deux gestes sont particulièrement interpellant : « le père s’appuie sur son fils » et « le père s’arrondit sur son fils ». Le second me parle de l’humilité de ce père qui se courbe, qui se fait plus petit et plus bas que ce second personnage droit et raide parce qu’il rejoint le fils et en quelque sorte « s’adapte » à lui, vient à sa rencontre. Le premier m’interpelle encore davantage parce que cela pourrait signifier en quelque sorte que celui qui a été loin et qui revient dans la vérité, qui revient vers le père, devient un « appui » pour celui-ci. Le pardon du père est quelque chose de déjà très fort, qui dépasse ce qui est « normal » ou compréhensible (dans la parabole le fils ainé ne comprend d’ailleurs pas ce pardon), mais cette attitude montre quelque chose qui va encore plus loin…<br /> Je m’interroge aussi sur la présence des deux autres personnages, cette femme tout au fond, et celui qui est assis.
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