"Rentre en toi-même"

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Publié dans Dessin et peinture

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J
Je trouve très intéressant ce que tu écris, Isabelle, sur la femme. Merci.
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M
Merci Jeanne de me faire découvrir ce tableau de Rembrandt, et pour ton partage personnel. Je trouve intense et beau le contraste de ce tableau. Merci pour les citations que tu partages. Je suis frappée par ces mots de Saint Augustin spécialement « Et voici que tu étais au-dedans » qui signifient que cette rencontre avec Dieu est possible pour tous ! Il n’est pas au-dehors, caché bien loin, Il est au-dedans de chaque homme !<br /> Ensuite je suis frappée par ce que tu écris sur le partage du fruit du silence intérieur avec les autres. Et je vois alors ce grand rayon de lumière qui illumine ce vieil homme et qu’il ira partager en remontant cet escalier qui semble justement conduire en des lieux ténébreux. L’homme se faisant le relais de cette lumière.<br /> Puis cette femme m’évoque un soutien pour cet homme qui médite, comme un binôme. Elle s’occupe du matériel, de la nourriture pour le corps, tandis qu’il recueille lui la nourriture de l’esprit, de l'âme. Et tous deux ensuite partageront le fruit de leur labeur respectif.
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L
Merci Jeanne pour la découverte de ce tableau. Je suis frappée d’abord par les couleurs, par le faite que l’artiste n’en utilise que très peu de différentes, mais avec beaucoup de nuances. Il y a le jaune, qui tend vers l’ocre puis le orange, et le noir qui tend peut être vers le vert ou le marron.<br /> L’escalier au milieu me semble être comme une division entre deux espaces d’un même cœur ; deux missions : d’un coté le philosophe qui accueille la lumière, qui se tient en contemplation pour faire vivre en lui cette lumière qu’il reçoit de l’extérieur. Calme, paisible, silencieux. De l’autre côté cette femme qui s’affaire, à animer (ou ranimer) un petit feu. Cela me parle de la mission extérieure, de l’ouvrage du philosophe qui enseigne les autres, qui désire animer un feu dans leur cœur, qui tâche de le faire prendre et d’apporter aux autres cette chaleur, cette paix intérieure qui l’anime. <br /> Cela me fait penser au passage de l’Evangile sur Marthe et Marie, l’une qui écoute et l’autre qui œuvre extérieurement. Les deux tenant leur place.<br /> Mais ce qui me frappe surtout c’est que tout cela se déroule dans le silence, dans un grand silence. Chacun demeure concentré sur ce qu’il a à faire, sur sa tâche, et il la fait avec cœur.<br /> Merci Jeanne pour ce que tu exprimes sur la place de l’escalier et ce que tu y a vu personnellement. Merci à chacun pour le partage de la manière dont lui parle cette œuvre !
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F
Merci Jeanne pour ce très beau tableau, que j’avais déjà vu, mais sur lequel je ne m’étais jamais arrêté, et je me rends compte à quel point c’est dommage ! Je vous avoue que, pour ma part, la pièce dans laquelle nous installe Rembrandt ne me renvoie pas quelque chose de positif : cette lumière éclatante venant du dehors, alors que nous sommes dans cette pièce sombre, et en plus on y fait du feu, il y a quelque chose d’étouffant, je trouve… D’autant que le feu ne semble pas immédiatement servir pour cuir de la nourriture, mais pour se chauffer, ce qui me paraît inadapté vu le temps qu’il fait dehors… C’est mon impression, et elle ne correspond peut-être pas du tout à ce que le peintre a voulu exprimer, mais quand je suis devant ce tableau, et même dedans, je pense plutôt au moyen de sortir de cette pièce, même si les deux personnages ont l’air de bonne compagnie (surtout le philosophe). <br /> Et du coup, cherchant du regard les « portes de sorties », j’en ai vu trois : l’escalier, la porte close, et la fenêtre. L’escalier ne m’inspire pas trop confiance : il est large, certes, mais on va vers l’ombre. En plus, à en juger par la lumière de la fenêtre, il me semble qu’il mène plutôt vers un étage supérieur de la maison (un grenier, par exemple ?), que vers la sortie… Ensuite, la fenêtre. À première vue, c’est ce qui me semblait la meilleure voie de sortie : cette lumière éclatante, chaleureuse, est tellement attirante ! Seulement voilà, la partie supérieure, cintrée, semble ne pas pouvoir s’ouvrir, et la partie inférieure, constituée de deux battants séparés d’un pan de mur ou d’une poutre, sont bien trop étroits pour y passer… Je remarque tout de même que le battant de gauche est ouvert, laissant sans doute entrer de l’air frais dans cet endroit qui m’inspire le renfermement sur soi (encore une fois, c’est mon sentiment, qui se fonde plus sur mon impression par rapport aux couleurs, à l’espace, qu’au titre). Je pense que ce qu’on voit par cette fenêtre est le but ultime (j’imagine bien le philosophe regarder régulièrement vers cette lumière), mais visiblement, la fenêtre n’est pas le moyen de l’atteindre. Reste alors une dernière possibilité : cette porte close, et en plus bien basse. Visiblement, on pourrait y passer. Mais alors il va falloir se faire tout petit, se courber, voir même y passer sur les genoux… Et puis, qu’y a-t-il derrière ? C’est l’inconnu…<br /> En réfléchissant, je me dis que ce philosophe de Rembrandt m’invite déjà à choisir entre la lumière confortable du feu, mais insuffisante, qu’il faut toujours aviver (qu’arrivera-t-il quand il n’y aura plus de bois ? Il faudra bien sortir en chercher…), et celle, chaleureuse et généreuse, du soleil. Là, le choix est assez évident : ce serait entre rester tourné vers moi-même et m’ouvrir aux autres. Le second choix auquel m’invite ce tableau est plus difficile à faire, quoi qu’assez évident, lui aussi : le large escalier ou la porte étroite ? Et c’est là que je pense à l’Évangile : « Entrez par la porte étroite. Elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent. Mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent ». (Mt 7, 13-14).
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I
Merci Jeanne de me donner à contempler ce très beau tableau de Rembrandt. En te lisant, j’ai pensé tout de suite à l’un des fruits de la méditation silencieuse qui, je crois, est la paix. Douce paix qui vous envahit et qui me semble être déjà une réponse du Père « qui voit dans le secret ». Douce paix qui ouvre à l’espérance. C’est très beau de voir cet escalier comme une ascension vers les autres afin de partager ce qui été reçu. Il est aussi pour moi une image de ce qui se passe dans le fort intérieur de cet homme, un lien avec le Ciel.<br /> Merci de nous partager ce que tu as su voir sur cette femme (que je prenais pour un homme). J’y voyais moi une personne qui s’agitait presque désespérément afin de garder, par ses propres forces, une petite flamme dans son âtre. Contraste pour moi avec ce philosophe qui, lui, se laisse éclairer dans un abandon paisible.
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J
J’aime énormément ce tableau, magnifique illustration de la maîtrise du clair-obscur par Rembrandt.<br /> Avec ce que tu en dis, Jeanne, il me fait penser, dans une moindre mesure, à son « Christ et les pèlerins d’Emmaüs », de la même période d’ailleurs (1629) : on y retrouve en effet l’écho entre une grande et petite lumière, tout un enseignement...<br /> Ici, la splendeur de ce porche (plus qu’une fenêtre) de lumière m’inonde !<br /> Un élément a tout de suite attiré mon attention : non pas l’escalier, mais la porte, close et même abrupte, sévère. Une référence, sans doute, à l’Evangile là aussi ! Cela m’évoque la nécessité de couper sans concession avec le brouhaha du dehors, pour s’immerger, comme ce philosophe, dans une vie de contemplation sereine avec un ou plusieurs compagnons de voyage terrestre !<br /> Merci pour cette expérience réjouissante pour les yeux et l’esprit.
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J
Merci pour la possibilité de pouvoir contempler plus profondément, plus précisément, ce tableau magnifique de Rembrandt, habité par le feu d’une grande présence, et en même temps baigné d’un grand silence. Merci pour la citation de l’Evangile que je trouve très éclairante dans l’esprit que tu trouves à cette scène. Cela donne un vrai désir d’intériorité. En même temps, cette œuvre m’évoque, dans un autre sens, le Mythe de la Caverne de Platon, avec ce combat intérieur pour la lumière qu’on ressent dans cette toile. Et comme toi, je suis spécialement touché par cet escalier. Il me parle du long chemin vers la lumière, cette lumière vue au-dehors, qui demande de monter par l’escalier, avec ces nombreuses marches, petites, étroites : le chemin d’illumination intérieure est fait de petits pas, et de beaucoup de patience. Et il y a cette zone d’ombre, au cœur de l’escalier, sans doute très difficile à traverser. Il faudra sans doute au vieil-homme avoir su garder au cœur les braises de la vieille femme ; peut-être pourra-t-il se retourner un instant, rassuré par la lueur des cuivres ; et puis peut-être pourra-t-il l’inviter aussi à le suivre, à quitter ce bon feu pour la vraie lumière, pour ce ciel embrasé ! Ses mains croisées m’évoquent la gravité de son choix.
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C
Merci Jeanne; j'aime beaucoup ce tableau de Rembrandt et ce que tu nous en dis, particulièrement par l'évocation de l'escalier qui nous permet de descendre en nous-mêmes (merci pour les citations de Saint Augustin).<br /> Ce philosophe est pour moi, dans son attitude paisible et recueillie, (non à l'étude puisqu'il ne regarde pas son grand livre ouvert, mais bien en méditation) l'image même du priant, de jour comme de nuit: les deux sources de lumière, la fenêtre et le feu, pourraient symboliser le jour et la nuit.<br /> Merci de nous inviter ainsi à descendre notre escalier intérieur et à demeurer de jour en jour, de nuit en nuit, dans cette intimité avec nous-mêmes où réside Dieu.<br /> Alors, comme tu le dis si bien, Jeanne, nous pourrons "remonter, pour partager avec les autres le fruit du silence intérieur".
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