Le grand abandon

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Publié dans Dessin et peinture

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M
Merci Joseph pour le partage, et la découverte pour moi, de ce tableau de Jérôme Bosch.<br /> Ce qui m’a frappée en premier je pense c’est la laideur de ces personnages, enlaidis par le péché. La foule par le nombre de personnes représentées est impressionnante.<br /> Ensuite j’ai été touchée de voir Sainte Véronique et frappée de constater que comme Jésus, elle ferme les yeux. Tous deux dans l’intériorité, le silence, en communion. La paix qui se dégage de leur attitude est frappante et si belle dans cette folie qui les entoure. Paix et confiance. Sur le visage de Sainte Véronique se dessine presque un sourire.<br /> Il me semble voir à l’œil droit de Jésus, comme une goutte, une larme. Il marche pour la rédemption des Hommes vers le lieu de sa crucifixion et de sa mort, dans la confiance, avec une grande paix, mais pas sans peines, sans douleurs, et sans compassion pour l’Homme qui s’enfonce dans les ténèbres du Mal qui le défigure.<br /> Je suis frappée aussi par le fait qu’aucun personnage ne regarde Jésus, ils semblent presque tous plus préoccupés à se regarder les uns, les autres. Peut-être à montrer du doigt la laideur des autres, sans constater la leur. <br /> Enfin, je suis étonnée par ce personnage du fond, au milieu du tableau, en haut, dans l’ombre, qui semble moins laid que les autres, moins caricaturé par le peintre, et plutôt triste de ce qu’il aperçoit.
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J
Merci Frantz pour ton très beau commentaire sur le regard fidèle du Christ. Merci Jean pour la beauté de ce que tu exprimes sur cette vague d’amour, qui traduit profondément ce que je ressens en contemplant ce tableau. Je m’étais renseigné, c’est en effet le Bon Larron que l’on voit en haut, à droite. Et j’avais été touché de voir que justement, il commence lui aussi à rentrer dans ce grand abandon, en fermant peu à peu les yeux, pour le silence intérieur, contre les invectives du moine. Et je trouve interpellant, en effet, ce poids rajouté par Simon de Cyrène, comme une parabole…
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L
Merci Joseph pour la découverte de cette œuvre, qui pour moi aussi est difficile à observer au premier regard. Je vous remercie chacun pour vos commentaires, qui aident à fixer les yeux sur le Christ et ceux qui reçoivent déjà de Lui la paix, la promesse de la Résurrection. Je n’avais pas su voir de moi-même la présence des deux larrons.<br /> Le personnage qui a attiré mon attention est Simon de Cyrène, presque « à la renverse », ne laissant pas voir son regard ; dans l’ombre de la Croix.<br /> Au dessus de lui il y a également cet homme au bonnet rouge et blanc, le visage ferme et décidé. Résolu dans sa violence, qui tient à la main un instrument de torture.<br /> Merci d’avoir ajouté à la fin ce détail du visage du Christ, bouleversant par son calme, sa beauté et son intériorité. Merci d’avoir traduit cet appel à « descendre en profondeur ; écouter une autre voix que celle du Mal ». <br /> La présence de la larme sous l’œil du Christ, me parle aussi de cet Amour pour les hommes que tu décris si bien : « infiniment aimant de ses frères; ceux-là même qui l’accusent, qui le portent à son supplice ».
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I
Merci Joseph de me faire découvrir ce tableau. Merci pour ce que tu as su y voir car au premier regard, il me paraissait difficile à observer. Merci pour ce que tu décris sur l’abandon du Christ le conduisant à la paix et à l’acceptation pour produire quelque chose de plus grand. Il me semble apercevoir des mains agrippées sur le bois de la croix. Ne serait-ce pas celles du personnage juste en dessous qui me parait être comme en « repos » ?<br /> Mais je lis à l'instant ton commentaire Jean. Merci de m'éclairer sur les différents personnages et de me faire entrer plus en avant dans le message du peintre !
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J
J’aime énormément cette école flamande et, une nouvelle fois, je suis saisi par la puissance évocatrice de ce style reconnaissable entre mille, déjà si moderne d’une certaine façon…<br /> L’absence de perspective donne vraiment l’impression d’être immergé au cœur du drame, sans possibilité de s’enfuir ou d’y rester extérieur. <br /> Je me suis d’abord dit que ces visages étaient l’allégorie des péchés, la violence bien sûr, mais aussi l’orgueil indifférent (l’homme en habit de bourgeois rouge) ou la grossière bêtise (le soldat romain moustachu)…<br /> Evidemment, il y a le Christ, qui va son chemin comme porté par une vague d’amour que rien ne peut arrêter, c’est ce que j’ai ressenti en contemplant. Mais j’ai aussi été frappé par Simon de Cyrène. Censé aider à porter la Croix, on le voit réduit à s’accrocher de ses deux mains crispées à la poutre, rajoutant son poids à ce que porte déjà Jésus…<br /> Je suis étonné par les deux larrons, assaillis avant leur mort, l’un (sans doute Dismas) par un moine diabolique, l’autre par ce qui me semble être un mage (les couleurs de son bonnet ont tout de suite attiré mon regard) et des diseurs de bonne aventure.<br /> Les yeux fermés de Véronique rejoignent ceux du Christ. Alors qu’elle s’éloigne, envahie par la vague d’amour qui est venue traverser son voile, elle esquisse déjà un sourire, prélude de la Résurrection. Un autre homme, en haut, les yeux fermés lui aussi, semble également avoir été touché par l’écume de la vague…
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J
Merci Joseph pour le partage de ce tableau que je découvre avec le commentaire que tu en fais, qui m’ont beaucoup touchée. En contemplant cette peinture qui m’a conduite au silence, les premières choses que j’ai vues sont ces visages si laids… que tu décris, en y « entendant » cette cacophonie de cris, d’agitation et de violence. Et puis, j’ai vu ce visage saisissant du Christ, abandonné. Un visage m’a interpelée dans ce tableau, celui de la femme à gauche qui est la seule parmi tous ces gens, qui garde un visage encore humain, et les yeux fermés. On dirait qu’elle aussi dort dans l’intériorité et écoute le Christ qui parle par le silence. Il y a un voile avec un visage sous sa tête, ce qui m’a fait penser à sainte Véronique essuyant le visage du Christ dans son Chemin de Croix. Parce que l’attitude du Christ dans son Chemin de Croix laisse sans mots tant il continu à aimer et servir les hommes, je me suis dit que le Christ dans son « Grand abandon », inscrit au milieu de toute cette violence, sa Sainte Face dans le cœur comme en cette femme, de ceux qui savent l’écouter et accueillir son amour qui se donne.
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F
Merci beaucoup Joseph pour ce tableau extrêmement fort, et pour la réflexion que tu en as tirée. J’ai moi aussi été saisi par le « bruit » qui sort de cette image, puis par ce silence du Christ aux yeux clos sur le Mal, concentré et centré qu’Il est sur la seule chose qui compte à cet instant : Il est en train de sauver l’humanité, de porter nos péchés. Il est en train de nous aimer… <br /> J’aime chercher, dans les tableaux représentant des personnages, les regards qui sont tournés vers nous, vers le spectateur. J’en ai ici trouvé deux : l’horrible personnage, peut-être celui qui m’effraie le plus, juste à gauche du Christ. Un sourire démoniaque étire ses lèvres, et sa main imite exactement celle du Christ, juste à côté. Peut-être veut-il le singer, ou bien le désigner comme pour nous dissuader d’emprunter le même chemin ? Dans tous les cas, je trouve ce regard très fort, horriblement fort, à tel point qu’on cherche un autre regard pour nous soustraire à cet œil malfaisant. Et on en trouve un : celui du Christ. Mais c’est celui du linge de Véronique. Cela m’a frappé que sur ce tableau, Jésus ait à la fois les yeux fermés, pour nous inviter à l’imiter dans le silence, dans « l’intériorité de cette relation confiante à Dieu », comme tu le dis, Joseph, et à la fois les yeux ouverts et tournés vers nous, sur ce linge, comme pour nous dire que son regard ne nous quitte jamais. D’ailleurs, je me dis qu’on peut peut-être penser à partir de là que le rôle d’une représentation artistique du Christ, à la suite de celles qu’Il nous a lui-même laissées, est de nous maintenir devant son regard, pour que nous y trouvions refuge, et afin qu’il n’y ait pas que le regard du Mauvais qui s’offre à nos yeux. Donner aux autres de se plonger dans le regard du Christ : quelle belle mission ! Et c’est, je trouve, ce qu’a si bien fait Jérôme Bosch dans ce tableau !
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C
Merci ,Joseph, pour ce saisissant tableau de Jérôme Bosch que tu offres à nos regards: un tableau qui hurle comme tu le dis ("agitation infernale"), aussi sonore que visuel; les bouches ouvertes et souvent édentées, comme les regards souvent globuleux, ne font que ressortir davantage l'extraordinaire silence du Christ entièrement plongé dans l'au-dedans où est son Père; merci pour tes mots: " j'aperçois ce visage et tout se tait"; c'est le Visage du "plus beau des enfants des hommes"; dans quelques heures, il va anéantir pour toujours toute la laideur stupéfiante du péché…<br /> En bas, à gauche, ce Visage est imprimé sur le linge de Véronique; ce détail me touche beaucoup: le Christ est présent deux fois comme pour souligner la puissance de cette Présence.<br /> Merci de nous montrer combien Jésus est "infiniment libre".
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