Le crapaud

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I
Concernant le crapaud en lui-même je ne le trouve pas beau non plus, mais merci beaucoup pour la découverte de ce poème magnifique. Terrifiant dans la description de la torture infligée à l'animal et en même temps révélant les contradictions de ce monde : les enfants ne sont pas des saints ("l'enfant rit quand il tue"), l'intérieur parfois sombre des personnes qui semblent extérieurement bonnes (un prêtre, une belle dame), un être qui semble misérable (l'âne) et qui se trouve être le seul capable de compatir car lui même souffrant. Cela me fait réfléchir à ce qui en moi n'est pas bon…
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A
Merci Jean pour ce beau partage. J'ai moi aussi toujours aimé les crapauds, d'abord à cause de leur chant qui a sur moi un effet immédiat de paix, de joie, de soir d'été non loin des rivières, ou de fraîcheur d'automne. Comment un si beau chant pourrait venir d'un animal qui ne serait pas attachant? J'aime les mélodies qu'ils font à plusieurs, avec leurs différentes notes flûtées. Ensuite c'est encore un chant qui m'a confortée dans cette tendresse, le « chant des crapauds ».<br /> Dans le poème de Hugo que tu nous partages, je suis touchée par ces vers:<br /> "Quiconque est bon voit clair dans l'obscur carrefour ; <br /> Quiconque est bon habite un coin du ciel. [...]<br /> La bonté, [...]<br /> Instinct qui, dans la nuit et dans la souffrance, aime".<br /> Comme c'est bien dit.
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C
Merci, Jean, pour ce bouleversant poème du si grand Victor Hugo.<br /> Relire ces vers extraordinairement puissants, et recevoir par cette rencontre avec le crapaud une leçon d'humanité est un très beau cadeau (moi aussi j'ai plutôt de la sympathie pour ce petit animal disgracieux).<br /> Je trouve si importante cette réflexion sur le rapport entre l'innocence et la laideur ("Pas de monstre chétif, louche, impur, chassieux/ Qui n'ait l'immensité des astres dans les cieux"): le crapaud a toute sa place dans cette nature magnifiquement décrite par Hugo, il est en lien avec le Ciel; son apparence n'est écran que pour les hommes au cœur dur. J'aime toute la littérature qui développe ce thème du trésor caché derrière la laideur (la Belle et la Bête, Quasimodo…) et j'aime rencontrer tous ceux qui révèlent passionnément la beauté de ceux que la vie a défigurés.<br /> Si percutante aussi est la leçon sur la cruauté de l'homme, son acharnement dans la haine et surtout son plaisir à faire souffrir (si puissant enjambement:"blessant/Les blessures…") et l'exhortation à la bonté à travers la figure de l'âne.<br /> Merci, Frantz pour ce que tu soulignes sur la facilité à faire le mal et la difficulté à faire le bien.
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L
Merci Jean pour ce partage et pour cette réflexion sur mon rapport à ce qui m’entoure. J’ai plus facilement du dégoût que de l’émerveillement en voyant les crapauds, merci de m’appeler à ne pas rester dans cette vision superficielle. Merci pour ce magnifique poème qui interpelle beaucoup sur la facilité à faire le mal, sur la lâcheté et sur la méchanceté de l’homme… Je trouve très beau ces vers : « on eût dit que la mort, difficile, / Le trouvait si hideux qu'elle le refusait » ; et puis ceux-ci sur l’âne : « Il rassembla sa force éteinte, et, roidissant / Sa chaîne et son licou sur ses muscles en sang, / Résistant à l'ânier qui lui criait : Avance ! ». J’imagine tellement bien la scène, les muscles de l’âne se contractant, l’effort effectué, têtu et sûr de lui.<br /> Merci Frantz d’avoir souligné cela : « A l'inverse, on voit que celui qui choisit de faire ce qui lui semble bon doit se battre pour cela ». C’est finalement le plus beau message de ce poème je trouve : l’exhortation à ce battre pour le bien.
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J
Merci Jean de nous partager ton regard sur ce petit animal et de nous donner de l’approfondir avec le poème de Victor Hugo. Cela m’a fait penser à la Passion du Christ : la 1è strophe ; « Lavant la cruauté de l'homme en cette boue » ; les mots sur le sort que subit ce crapaud torturé qui est accusé, ainsi que la phrase : « Nous allons voir comment cela va faire. ». La figure de l’âne m’a aussi fait penser à Simon de Cyrène dans l’Evangile.<br /> La cruauté des enfants m’a frappée car Victor Hugo en parle si bien pour l’opposer à ce que peut être l’éducation à la bonté : « Sois bon ! ».
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F
Merci beaucoup, Jean, pour ton regard tendre sur le crapaud. J'en ai vu un il n'y a pas longtemps et les couleurs de cet animal (particulièrement de ses yeux) m'émerveillent. Pour ma part, je le trouve très sympathique.<br /> Merci pour le poème de Victor Hugo, très fort et très interpellant! J'aime beaucoup la manière dont il présente le crapaud : <br /> "Le crapaud, sans effroi, sans honte, sans colère,<br /> Doux, regardait la grande auréole solaire ; <br /> Peut-être le maudit se sentait-il béni,<br /> Pas de bête qui n'ait un reflet d'infini"<br /> <br /> La suite est terrible. Et voici ce qui m'interpelle le plus :<br /> "Un des enfants revint, apportant un pavé,<br /> Pesant, mais pour le mal aisément soulevé"<br /> <br /> Oui, comme c'est aisé de faire le mal, d'écraser le faible qui ne peut rien dire ("ce noir martyr qui n'a pas même un râle")... A l'inverse, on voit que celui qui choisit de faire ce qui lui semble bon doit se battre pour cela :<br /> "Il rassembla sa force éteinte, et, roidissant<br /> Sa chaîne et son licou sur ses muscles en sang,<br /> Résistant à l'ânier qui lui criait : Avance !"<br /> <br /> Et j'aime beaucoup la finale magnifique sur la bonté :<br /> "Instinct qui, dans la nuit et dans la souffrance, aime,<br /> Est le trait d'union ineffable et suprême<br /> Qui joint, dans l'ombre, hélas ! si lugubre souvent,<br /> Le grand innocent, l'âne, à Dieu le grand savant."<br /> <br /> Merci donc pour ce regard sur les faibles, sur le choix que nous avons face à eux : les considérer comme bas et inutiles, ou bien se battre pour les sauver, ou au moins ne pas les blesser davantage.<br /> Ce qui m'impressionne aussi, c'est la capacité de Victor Hugo à raconter une histoire, qui peut paraître banale, de manière extrêmement dramatique, et à montrer qu'il y a dans cette histoire banale l'enjeu de la vie humaine : être bon ou être mauvais...
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